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Quand Maker’s Mark retourne au pain

by pascal iakovou
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Dans l’imaginaire collectif, le bourbon appartient au monde de la distillation. Le pain relève de la fermentation. Les deux univers semblent éloignés.

Pourtant, ils partagent un langage commun : celui des céréales.

La collaboration entre Maker’s Mark et Anthony Courteille, fondateur de SAIN Boulangerie Ă  Paris, repose prĂ©cisĂ©ment sur cette proximitĂ© souvent oubliĂ©e. Loin d’une opĂ©ration promotionnelle classique, elle propose de relire un spiritueux Ă  travers les matières premières qui lui donnent naissance.  

La miche créée pour l’occasion reprend les trois cĂ©rĂ©ales constitutives de la recette du bourbon Maker’s Mark : le maĂŻs, le blĂ© rouge d’hiver et l’orge maltĂ©e. Ă€ cette base vient s’ajouter un levain enrichi au bourbon, conçu pour prolonger les marqueurs aromatiques du spiritueux dans un objet quotidien.  

L’intérêt de cette démarche réside dans sa cohérence historique.

En 1953, Ă  Loretto dans le Kentucky, Bill Samuels Sr. dĂ©cide de produire un bourbon diffĂ©rent de ceux de son Ă©poque. LĂ  oĂą de nombreuses recettes utilisent le seigle pour apporter structure et Ă©pices, il choisit le blĂ© rouge d’hiver. Ce changement devient l’une des signatures de Maker’s Mark, rĂ©putĂ© pour sa douceur et son Ă©quilibre. Selon le rĂ©cit de la maison, cette recherche s’appuie notamment sur des expĂ©rimentations rĂ©alisĂ©es sous forme de pain, afin d’évaluer le comportement gustatif des cĂ©rĂ©ales avant leur passage par la fermentation et la distillation.  

La miche imaginée par Anthony Courteille agit donc comme une forme de traduction. Elle ne cherche pas à reproduire le bourbon mais à remonter en amont de sa fabrication, vers les ingrédients qui en constituent la structure.

Le bourbon Maker’s Mark se distingue par plusieurs choix techniques rarement mis en avant dans les collaborations de ce type : absence de seigle, fermentation en cuves de cyprès, double distillation en alambics de cuivre et vieillissement en fĂ»ts neufs de chĂŞne amĂ©ricain brĂ»lĂ©s. Chaque lot est dĂ©gustĂ© jusqu’à atteindre son point d’équilibre, gĂ©nĂ©ralement entre six et sept annĂ©es de vieillissement.  

Ces Ă©lĂ©ments trouvent un Ă©cho naturel dans la philosophie de SAIN. Depuis plusieurs annĂ©es, Anthony Courteille dĂ©fend une boulangerie centrĂ©e sur le levain naturel, les fermentations longues et le travail des matières premières. Dans les deux cas, la logique est identique : accepter le temps comme ingrĂ©dient.  

Ce rapprochement raconte quelque chose de plus large sur l’évolution contemporaine du goût. Les frontières entre gastronomie, boulangerie et spiritueux deviennent plus poreuses. Les collaborations les plus intéressantes ne cherchent plus à juxtaposer deux logos mais à identifier un terrain commun de savoir-faire.

Ici, ce terrain est celui de la céréale.

Le maïs, le blé et l’orge sont généralement invisibles dans un verre de bourbon. La distillation les transforme au point de faire oublier leur origine agricole. En les réintroduisant dans une miche au levain, Anthony Courteille rend perceptible ce qui demeure habituellement caché.

Au fond, cette Ă©dition limitĂ©e parle moins de whiskey que de transmission. Elle rappelle qu’avant d’être une bouteille scellĂ©e de cire rouge, un bourbon est d’abord une histoire de grains, de fermentation et de gestes rĂ©pĂ©tĂ©s. Les mĂŞmes Ă©lĂ©ments qui, depuis des siècles, fondent Ă©galement l’art du pain.  

Cette publication est également disponible en : English (Anglais)

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