Home ModeFashion WeekJunko Shimada AH 2026-2027 : le trompe-l’œil comme méthode

Junko Shimada AH 2026-2027 : le trompe-l’œil comme méthode

by pascal iakovou
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La laine bouillie ne se négocie pas. Elle résiste à la coupe, absorbe la teinture de façon inégale, et son patchwork exige une correspondance des épaisseurs que peu de maisons pratiquent encore à l’échelle d’une collection prêt-à-porter. Que Maison Junko Shimada l’emploie en violet et jaune moutarde pour sa collection Automne-Hiver 2026-2027 dit quelque chose de précis sur sa relation aux matières : pas une nostalgie reconstituée, mais un travail sur ce que le tissu peut faire que d’autres supports ne feront pas.

La référence au Swinging London convoquée par la Maison n’est pas décorative. Elle pointe une période — les années 1960 britanniques — où le vêtement a systématiquement travaillé l’illusion de surface : Courreges faisait croire au vinyle avec du coton enduit, Quant transformait la laine en géométrie optique. Shimada prolonge cette logique avec la pièce la plus intéressante de la collection : un jean doublé de polaire dont l’impression simule un motif de maille torsadée. Trois matières en une lecture — le denim visible, la polaire fonctionnelle, le câble fantôme. Le trompe-l’œil n’y est pas ornement ; il est structure narrative du vêtement.

Le reste de la collection travaille par association plutôt que par rupture. Les mailles torsadées amples — rouille, gris perle, écru — s’associent à un pantalon à carreaux bleu-gris ou à de la flanelle grise. Le mohair anis contre les grands froids. Le tartan vert à coupe tailleur-pantalon, inflexion britannique assumée. Une chemise en soie blanche portée avec une jupe boule en polaire chocolat : deux textures opposées dans leur rapport à la lumière — l’une réfléchit, l’autre absorbe.

L’ensemble manteau simili autruche noir — pantalon large, top — fonctionne différemment. La matière synthétique à relief n’imite pas l’autruche pour tromper : elle en extrait le principe graphique, la densité de surface, pour construire une silhouette qui s’impose par sa masse optique. Même logique que le jean trompe-l’œil, déployée à plus grande échelle.

La collection est photographiée par André Rau, collaborateur régulier de Shimada depuis plusieurs décennies. Ce choix de continuité — plutôt que la commande à un photographe extérieur — appartient à la même cohérence : une Maison fondée en 1981, installée entre Paris et le Japon, qui construit par accumulation plutôt que par réinvention saisonnière.

Ce que cette collection pose en filigrane, c’est une question sur la durée d’un geste de mode : combien de saisons faut-il pour qu’un trompe-l’œil devienne une signature ?

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