Home Art de vivreLa longue patience de Genesis : ce que Spa dit d’une conquête

La longue patience de Genesis : ce que Spa dit d’une conquête

by pascal iakovou
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Onze ans après sa création à Séoul, Genesis inscrit ses six premiers points au Championnat du Monde d’Endurance. Le calendrier est délibéré. L’ambition, elle, ne l’est pas moins.


Il faut regarder le classement constructeurs pour comprendre ce qui s’est joué à Spa-Francorchamps le 13 mai. BMW en tête avec 59 points, Toyota à 52, Ferrari à 42. En huitième position, avec six unités, Genesis Magma Racing. Sur la grille du FIA WEC, la Maison coréenne côtoie des noms dont la légitimité motorsport se mesure en décennies, parfois en siècles. Porsche a gagné Le Mans vingt-et-une fois. Ferrari a construit son mythe de route sur ses victoires en circuit. La présence de Genesis dans ce classement est, à ce titre, un fait culturel autant que sportif.

La GMR-001 Hypercar n’a que deux courses au compteur. Lors des 6 Heures de Spa, la voiture numéro 17 — pilotée successivement par André Lotterer, Mathys Jaubert et Pipo Derani pour le dernier relais — a terminé huitième, à 29,882 secondes du vainqueur. Ce n’est pas un résultat éclatant. C’est quelque chose de plus intéressant : un résultat construit.

Encadré — La mécanique d’un point

La stratégie décisive s’est jouée en deux temps. D’abord, un ravitaillement délibérément partiel de Jaubert lors de son deuxième relais, permettant à la #17 de remonter jusqu’à la dixième place avant la transmission à Derani. Ensuite, un arrêt ultracourt sous Virtual Safety Car — au risque de confier au pilote brésilien des pneus plus usés que ses concurrents directs. C’est précisément sous cette pression que Derani a brièvement atteint la sixième position, avant de défendre la huitième lors d’une relance à dix minutes de l’arrivée. Une contrainte transformée en levier : c’est, en substance, la grammaire de l’endurance.

La voiture numéro 19, pour sa part, a subi une perte de sept tours consécutive à un problème électrique survenu en début d’épreuve. Résultat : 13e position, soit huit tours de retard. Mais Mathieu Jaminet a profité du relais pour tester une stratégie pneumatique asymétrique — seuls les pneus arrière changés lors d’un arrêt — dont l’objectif était explicitement la collecte de données, pas la performance immédiate. Dans le vocabulaire de l’endurance, on appelle ça construire un programme.


Ce qui mérite attention ici déborde le cadre du sport automobile. Genesis Motor Europe a été lancée en Europe en 2021. La France — avec des premiers showrooms à Lille et Paris — en est l’un des derniers territoires ouverts, en 2026. La gamme proposée est intégralement électrique : le GV60, l’Electrified GV70, l’Electrified G80. La Maison vend déjà 1,5 million de véhicules dans le monde. Elle entre sur le marché français à rebrousse-poil du cycle habituel : d’abord la visibilité globale, ensuite l’ancrage local.

L’endurance est, dans ce contexte, un choix éditorial au sens stratégique du terme. Le WEC n’est pas le Formula 1. C’est un championnat plus discret, plus technique, dont les courses durent six ou vingt-quatre heures, et dont le public est précisément celui qui comprend la différence entre une Maison qui gagne et une Maison qui apprend à gagner. Cyril Abiteboul — Team Principal issu de la Formule 1, ancien directeur de Renault F1 — en a formulé l’enjeu avec une précision qui mérite d’être retenue : « Nous devons continuer à consolider nos bases pour être présents ici et ailleurs de manière régulière. »

Ce « régulièrement » dit tout. Pas le coup d’éclat. La durée.


La prochaine étape est Le Mans. 24 heures, le circuit le plus long du calendrier, le test le plus exigeant en termes de fiabilité, d’endurance mécanique et de gestion énergétique — un paramètre sur lequel la GMR-001 a déjà montré des fragilités à Spa. Justin Taylor, ingénieur en chef de l’équipe, l’a formulé sans détour : « Nous savons désormais que certaines faiblesses subsistent. »

Les Maisons qui ont duré dans le sport automobile sont celles qui ont su nommer leurs lacunes avant de les corriger. Ferrari a perdu Le Mans pendant vingt-cinq ans avant de renaître en compétition. Porsche a connu des saisons entières de fiasco avant de structurer son programme. Genesis, fondée en 2015, n’a pas encore onze ans d’existence. À l’échelle du temps long qui gouverne l’industrie automobile — et que les Maisons du luxe pratiquent mieux que quiconque — six points inscrits lors de la deuxième course d’un programme en cours de construction ne ressemblent pas à un début. Ils ressemblent à une méthode.

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