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John Nollet et le retour du chignon comme geste de cinéma

by pascal iakovou
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À Cannes, la coiffure a longtemps été pensée comme un complément. Une finition. Un détail destiné à équilibrer une robe photographiée sous tous les angles. John Nollet choisit aujourd’hui de déplacer ce regard. Pour le Festival de Cannes 2026, le coiffeur français remet le chignon au centre du tapis rouge et le traite non comme une nostalgie de haute coiffure, mais comme une construction contemporaine.  

Le dossier transmis montre moins une tendance qu’une méthode. Page après page, les images évitent l’effet spectaculaire : nuques dégagées, volumes tendus, torsions architecturales, attaches presque graphiques. Le chignon devient une structure. Une manière d’organiser la silhouette dans l’espace des marches.

John Nollet parle d’ailleurs de « sculpter une matière vivante ». Entre ses mains, la chevelure n’est pas disciplinée ; elle est construite. Les mèches se croisent, se relâchent, se tendent jusqu’à modifier le port de tête. « On porte un chignon comme on porte une robe ou une tiare », explique-t-il. « Il change immédiatement l’allure. Il donne ce que j’appelle un port de reine. »  

La formule pourrait sembler théâtrale si elle ne décrivait pas aussi précisément le rôle historique du chignon dans la représentation publique. Depuis les coiffures nouées de la Grèce antique jusqu’aux silhouettes construites du cinéma hollywoodien, dégager la nuque revient souvent à exposer une posture. Cannes amplifie ce phénomène : les actrices y sont photographiées à 360 degrés, sous une lumière pensée pour révéler autant le visage que la ligne du corps.  

Ce qui intéresse ici n’est donc pas le retour d’un classique, mais sa transformation technique. Nollet évoque une recherche autour des « structures du cheveu » et du crêpage, habituellement dissimulé, désormais utilisé pour produire des volumes presque textiles.   Le vocabulaire appartient davantage à l’atelier qu’au salon : matière, construction, architecture invisible. Derrière la pureté apparente de certaines coiffures vues dans le dossier — coques basses extrêmement lisses, torsades serrées, volumes sculptés vers le haut — se cache un travail de tension et de maintien pensé pour résister à la chaleur des projecteurs et aux flashes continus des photographes.  

Le contexte éclaire aussi cette décision esthétique. Depuis plusieurs saisons, les tapis rouges oscillent entre hyper-naturalité et surcharge stylistique. D’un côté, les cheveux laissés libres pour signifier une forme d’authenticité ; de l’autre, des coiffures pensées pour circuler instantanément sur les réseaux sociaux. Le chignon de John Nollet s’inscrit ailleurs. Plus silencieux. Plus construit aussi. Il ne cherche pas l’effet immédiat mais la tenue dans le temps de l’image.

Le dossier montre d’ailleurs plusieurs directions : certains chignons sont minimalistes, presque monolithiques ; d’autres plus libres, tressés ou volontairement déstructurés. Cette diversité évite l’écueil patrimonial. Nollet ne cite pas les années cinquante ou les héroïnes hitchcockiennes comme un exercice de style. Il cherche plutôt à conserver ce que le chignon produit physiquement : une verticalité, une présence, une manière de ralentir le regard.

À l’heure où la coiffure de tapis rouge devient souvent un contenu consommé en quelques secondes sur écran vertical, cette approche réintroduit une idée plus ancienne du glamour : celle d’une allure qui se construit par le geste et la discipline de la matière. Un chignon, ici, n’est pas une coiffure sage. C’est une architecture de cheveux destinée au cinéma.

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