Le 4 mai 2026, le Metropolitan Museum of Art a inauguré l’exposition « Costume Art » dans les nouvelles Condé M. Nast Galleries — un espace bâti, après deux décennies d’arbitrage interne, pour sortir l’institut du costume du sous-sol où il était cantonné. Le thème, formulé par Andrew Bolton, place le corps habillé au centre. La consigne vestimentaire — « Fashion is Art » — a été lue à la lettre par les invités : la soirée a moins ressemblé à un défilé d’évocation qu’à un musée vivant, où les pièces empruntaient aux sculptures, aux tableaux, aux figures historiques. Tour d’horizon, maison par maison, des partis pris.
Le contexte avant le tapis
L’édition 2026 marque deux bascules. La première est financière : la soirée a levé un record de quarante-deux millions de dollars, contre trente et un l’an dernier, soit un saut de plus d’un tiers. Les billets se négocient à cent mille dollars, les tables démarrent à trois cent cinquante mille. Jeff et Lauren Sánchez Bezos, honorary chairs et lead sponsors de l’exposition, signent un parrainage qui a alimenté autant de commentaires que de chèques.
La seconde bascule est éditoriale. Anna Wintour, qui préside le gala depuis 1995, a quitté la direction de Vogue US pour Chloe Malle quelques mois plus tôt — sans relâcher la table du Met. Elle co-pilote l’édition avec Beyoncé (de retour après dix ans d’absence), Nicole Kidman et Venus Williams. Anthony Vaccarello et Zoë Kravitz dirigent le comité hôte. Wintour s’est présentée en Chanel — robe brodée turquoise et noir, veste à plumes du même bleu — un choix qui ferme une époque sans la trahir.
Treize maisons et plusieurs joailliers ont structuré le tapis. On les classe ici par registre : couture et prêt-à-porter, joaillerie, horlogerie, indépendants et passerelle art-mode.
Saint Laurent : la maison la plus présente
Anthony Vaccarello, co-président du comité hôte, a habillé la liste la plus longue de la soirée. Le vestiaire mêle codes maison (smoking grain de poudre, bottes, cuirs) et exercices couture plus narratifs.
Madonna porte une cape à capuche en organza sur une slip dress en satin de soie et dentelle, complétée par les bottes plateforme Billy. Elle est entrée accompagnée de sept performeuses en voiles muslin et dentelle, mules Frankie en crêpe satin — une chorégraphie d’arrivée qui a structuré l’un des temps forts de la nuit.
Charli XCX porte une robe à motif iris en tulle de soie et résine, sandales plateforme Chandelle. Zoë Kravitz, en hôte du comité, choisit une robe basque en guipure et escarpins slingback Phantom. Anja Rubik apparaît en robe dos nu brodée à manches longues — soie georgette et strass — sandales Lutetia en crêpe satin et nacre. Doja Cat opte pour une robe drapée à fente cuisse en chiffon silicone, mules plateforme Kiki en silicone. Hailey Bieber combine lavallière en chiffon de soie, bustier sculpté en or 24 carats et longue jupe chiffon. Kate Moss : robe et bodysuit en dentelle, sandales Michelle. Charlotte Gainsbourg : robe en cuir souple à longue traîne, ceinture et boucles d’oreilles fleurs en métal, slingbacks Sibyl. Rosé porte une robe à motif oiseau brodé en satin de soie, sequins et perles. Rauw Alejandro : chemise lavallière en silicone, pantalon de smoking grain de poudre, bottines Rainer. Rami Malek : écharpe en fausse fourrure, manteau croisé grain de poudre, derbies Stanton vernis. Connor Storrie : top lavallière en mousseline pointillée, pantalon taille haute, bottes Roman. Imaan Hammam : robe à volants en nylon et boucles Cassandre cristal résine. Loli Bahia : smoking simple boutonnage et pantalons larges grain de poudre. Amelia Gray : robe asymétrique dentelle et strass.
Vaccarello lui-même a porté un smoking double boutonnage classique. La répétition du grain de poudre, du cuir verni et des dentelles dessine une grammaire reconnaissable, qu’on pourrait reprocher comme exercice de signature plus que comme réponse au thème.

Akeem Morris, Madonna and Anthony Vaccarello
Met Gala 2026, Costume Art, Arrivals, The Metropolitan Museum of Art, New York, USA – 04 May 2026


















Dior : le jardin et le studio
Sous la direction artistique de Jonathan Anderson — première saison Met Gala en couture femme —, la maison s’est tenue sur un registre floral et brodé qui prolonge la collection Spring-Summer 2026.
Sabrina Carpenter porte une robe fendue en tulle avec applique de bandes filmiques en strass, manchettes brodées à effiloché reliées à un casque bijou, gants en tulle stretch noir — une référence directe au film Sabrina (1954). JISOO : fourreau bustier dos nu en gazar, broderie de scène jardinée, bouquets de fleurs en tissu, casque brodé. Naomi Watts : robe en satin noir, jupe gazar montée sur voile de mousseline, broderies de fleurs en tissu, bague et boucles haute joaillerie Dior. Sunday Rose (fille de Naomi Watts) : robe bustier organza intégralement brodée de fleurs, jupe georgette à dégradé floral, boucle d’oreille brodée. Alexa Chung : robe satin dos nu, encart chiffon brodé géométrique chartreuse, broche nymphéa à la taille, casque de muguet et rubans de satin. Karlie Kloss : robe Spring-Summer 2026 Haute Couture, georgette de soie écru plissée à la main et torsadée sur structure de tulle ruché, casque brodé d’orchidées. Miranda Kerr : top dos nu organza brodé de fleurs en strass, jupe georgette plumetis. Adrien Brody : smoking laine et soie, pantalon cuir, écharpe soie imprimée. Paul Anthony Kelly (révélation de Heated Rivalry) : queue-de-pie velours et soie bordeaux à col châle, chemise blanche plissée, derbies vernis ; bague et broche haute joaillerie.









L’ensemble repose sur un travail d’atelier méticuleux — broderies plumetis, gazar, fleurs en tissu — qui éloigne Dior du registre purement narratif au profit du métier d’art.
Chanel : la haute joaillerie comme texte principal
Le Met Gala du 4 mai 2026 a mobilisé, pour les seuls looks Chanel présents sur le tapis, plus de six mille heures de travail en atelier. Ce chiffre ne figure dans aucune légende de presse. Il mérite pourtant qu’on s’y arrête.
Le temps comme matière première
Awar Odhiang portait la pièce la plus dense de la soirée : une robe entièrement brodée de perles multicolores, issue de la collection Haute Couture Printemps-Été 2026, dont la fabrication a nécessité 2 820 heures. Nicole Kidman, en robe rouge intégralement brodée de sequins et ornée de plumes et de fleurs en organza, représente 800 heures de travail. La robe dorée de Margot Robbie — lamé, volants en dégradé de pétales, fleur centrale en plumes — cumule 761 heures et 1 080 éléments brodés à la main. Celle de Lily-Rose Depp, en crêpe de chine gris brodé de fleurs, perles et billes, avec frange en organza de soie pastel : 597 heures, environ 2 000 éléments. Ayo Edebiri en mousseline blanche à marqueterie de plumes : 632 heures. Gracie Abrams en dentelle dorée sur chiffon nude, cristaux multicolores et chaînes : 294 heures, 5 150 éléments brodés. Jennie en colonne bustier entièrement brodée de feuilles de sequins métalliques en nuances de bleu : 540 heures, plus de 15 000 éléments. La tenue d’A$AP Rocky — robe de chambre en laine rose, revers en satin noir, camélia en soie et plumes — mobilise 194 heures pour un ensemble masculin, ce qui n’est pas anodin. Bhavitha Mandava, en ensemble mousseline et denim imprimé : 250 heures.
Ce que ces chiffres révèlent
La Haute Joaillerie Chanel déployée ce soir-là — Plume Singulière, Golden Sillage, Lion Emblématique, Impression Florale, Tweed Byzance, Motif Russe, entre autres — constitue un second registre technique, chaque pièce assemblant or 18K (blanc ou jaune selon la collection), diamants taillés, pierres de couleur sélectionnées : spinelle rouge et lapis-lazuli pour Nicole Kidman, grenats spessartite et saphirs jaunes en poire pour Margot Robbie, béryls pour Gracie Abrams. La montre squelette portée par A$AP Rocky — BOY·FRIEND, grande version, or beige et diamants, bracelet en veau à motif alligator — introduit l’horlogerie dans un contexte de soirée dominé par la Haute Joaillerie, choix peu anodin pour une Maison qui consolide depuis plusieurs saisons son positionnement en haute horlogerie masculine.
Ce que le Met Gala permet à Chanel, c’est de déployer simultanément, sur un même tapis rouge, l’ensemble de ses ateliers de création — couture, broderie, plumes, joaillerie, horlogerie. Neuf ambassadeurs, neuf démonstrations de capacité productive. La soirée fonctionne moins comme un événement de mode que comme un audit public de manufacture.




























Le choix de la maison — pierres de couleur (saphirs jaunes, spinelle rouge, lapis-lazuli, béryls) plus que diamants blancs — distingue cette ligne de celle de ses concurrents.
Bvlgari : Serpenti, Vimini, Octo Finissimo
Lisa Manobal porte un collier haute joaillerie Eclettica — saphir cabochon ovale 50,19 carats, saphirs taillés, pavage diamants — transformable en pendentif ou broche, et boucles à deux saphirs poires (9,20 et 8,20 carats). Elle l’associe à des bras imprimés en 3D ornés de pièces Serpenti en or blanc et diamants, dont la Serpenti Spiga High Jewelry double-spiral watch. Anne Hathaway : collier Vimini Haute Joaillerie (or jaune 18K, pavage 35,25 carats), bague Serpenti, boucles à diamants carrés (6,16 carats). Maluma : Octo Finissimo 37 mm automatique en titane sablé, boucles et bague Serpenti en or blanc. Hudson Williams (acteur de Heated Rivalry) : collier haute joaillerie en platine — diamant poire 5,07 carats, marquises totalisant 11,32 carats — bague et boucles Serpenti Viper.







Les chiffres parlent : la pièce de Lisa cumule plus de cinquante-deux carats de saphirs et trente et un carats de diamants pavés. C’est, en volume gemmologique, l’une des présences les plus denses de la soirée.
Boucheron : trois collections d’archive
La maison de la Place Vendôme a tiré de trois piliers — Histoire de Style Untamed Nature, The Power of Couture, Art Déco.
Daisy Edgar-Jones : pendants d’oreilles Laurier (Untamed Nature), bague Goutte de Cristal (diamant poire 5,01 carats), bague Banquise (diamant ovale 5,33 carats). Colman Domingo : nouveautés Serpent Bohème (broche, puces, bagues en or jaune et onyx), bracelet Serpent Bohème Vintage en or jaune pavé diamants, bagues Quatre Clou de Paris, Quatre Radiant, Quatre Alliance Grosgrain, Facette. Anja Rubik : pendants d’oreilles et bracelet Chevron, bague Médailles (Power of Couture, sertie de cristal de roche). Sarah Paulson : pièce Ruban Diamants transformable en collier (Art Déco), boucles Étoile de Paris. Suki Waterhouse : tiare Broderies (Power of Couture), bracelet Mauve (Untamed Nature), bagues Goutte de Cristal (4,1 carats) et deux Plume de Paon, boucles Plume de Paon XS.





Messika : la pièce Move et la collection Midnight Sun
Julianne Moore : boucles et clip White Midnight Sun (haute joaillerie). Audrey Nuna : choker Groove Akoya à perles et pendants Groove. Angela Bassett : bracelet, bague et boucles Night Owl, bague My Twin Trilogy. Léna Mahfouf : bracelet rivière, clip My Twin Middle, bague Move Noa Ciselé. Miles Chamley-Watson : collier et boucles Move Link 20th Anniversary — l’année marque les vingt ans de la pièce signature de Valérie Messika.










Tiffany & Co. : présence transversale
La maison ne communique pas le détail des pièces, mais la liste des invités habillés est longue : Rosé, Amanda Seyfried, Connor Storrie, Chase Sui (Wonders), Rosie Huntington-Whiteley, Gabrielle Union, Nicholas Hoult, Carey Mulligan, Dwyane Wade et Stevie Nicks, dont la présence (rare, à 77 ans) est l’une des plus remarquées.
De Beers London : l’exception britannique
Cara Delevingne : pendants et bagues Individuality (collection Forces of Nature) — total cumulé supérieur à trente carats —, bague Magnetism en or à finition rhodiée noire (5,03 carats). Romeo Beckham : bague cocktail Talisman (5,92 carats), puces d’oreilles DB Classic taille émeraude, bracelets DB Classic, alliances d’éternité. Simone Ashley : boucles, bague et bracelets trois rangs et cinq rangs de la collection Arpeggia (cumul 26,18 carats), alliance Allegria (3,70 carats).



Jaeger-LeCoultre : deux Reverso cocktail
La manufacture présente une trilogie Reverso Tribute Monoface Small Seconds ‘Or Deco Cocktail’ — or blanc serti d’émeraudes, or blanc serti de saphirs, or rose serti de rubis — par sertissage rail entre les godrons. Le rappel historique : la cocktail watch est un objet né dans les années 1920, conçu plus pour être montré que consulté.
Tyriq Withers porte la version or blanc et émeraudes. Finn Wolfhard la version or blanc et saphirs. La version or rose et rubis n’a pas été attribuée publiquement.




Audemars Piguet
Serena Williams, Anderson .Paak et Skepta ont porté la manufacture du Brassus. Aucun détail technique communiqué dans les dossiers de presse. À noter : Irina Shayk a porté plusieurs montres en accessoires — bracelets de bras, choker — sans qu’une maison soit identifiée publiquement.



Codognato : l’archive vénitienne
A$AP Rocky porte des pièces Codognato x Pavē Niteō (créations sur mesure) ainsi que des bijoux d’archive de la maison vénitienne. Madonna porte des bagues d’archive Codognato, dont une Crowned Skull Ring en or jaune 18K et argent. Codognato — boutique fondée à Venise en 1866, spécialisée dans le memento mori — est l’une des références les plus discrètes du tapis ; sa présence, sur deux figures aussi installées dans la pop culture, déplace l’archive joaillière vénitienne vers New York sans la diluer.


Pasquale Bruni
Doja Cat, en pre-Met (« Friends of the Costume Institute Celebrate Costume Art ») la veille : collier Giardini Segreti superposé au ras-de-cou Aleluiá, boucles, bagues et bracelet Giardini Segreti — ce dernier porté en accessoire de tête. Alysa Liu (championne mondiale de patinage artistique 2025) : ras-de-cou Heart to Earth en or blanc et diamants à pendentif rubis, bague assortie.
Pucci : un pré-Met co-chair
Venus Williams et Andrea Preti portent du Pucci sur mesure au Co-Chair Welcome Dinner du dimanche 3 mai. Pour le tapis lui-même, Venus Williams a opté pour Swarovski (voir ci-dessous).


Swarovski : le cristal comme matière
Giovanna Engelbert, directrice créative de Swarovski, est revenue pour la troisième année. La marque a livré trois silhouettes couture entièrement habillées, plus une collaboration sur trois autres looks.
Venus Williams, co-host : la robe rejoue le tableau Venus Williams, Double Portrait de Robert Pruitt (collection du Smithsonian National Portrait Gallery). Le collier Wimbledon-plate a été reproduit en argent sterling avec 3 800 pierres serties à la main, après plus de 700 heures d’atelier. La robe noire structurée à corset compte 52 500 cristaux. EJAE (autrice du tube Golden) : jupe en Crystal Fine Mesh iridescent à 630 000 cristaux (84 heures d’assemblage), corset à 60 000 cristaux et 1 000 perles de cristal — pièce d’épaule inspirée des familles Constella et Una Angelic, ceinture Una Angelic / Millenia, casque inspiré des binyeo coréens (épingles à cheveux traditionnelles). Giovanna Engelbert : corset visible en duchesse soie, jupe organza, tablier d’artiste en Crystal Mesh (Hyperbola, Matrix), casque par Stephen Jones — un autoportrait de la créatrice en train de créer. Cher porte des bijoux Swarovski (collier Matrix, boucles Vienna, bagues Matrix et Vienna). Robert Wun intègre du Swarovski dans les looks portés par Lisa et Naomi Osaka (plus d’un million de cristaux par robe). Di Petsa habille Laura Harrier d’une pièce sertie de cristaux.

























Louis Vuitton : Hoyeon en cuir
Hoyeon (révélation de Squid Game) porte un look custom Louis Vuitton — bodysuit en cuir noir ajusté sous une robe-bustier structurée. Aucun autre nom Louis Vuitton n’a été diffusé via les communications presse françaises, alors que la maison a sponsorisé plusieurs invités. C’est l’un des manques notables de l’archive presse pour cette édition.

Carolina Herrera
Vittoria Ceretti, sous la direction artistique de Wes Gordon, porte une robe noire drapée asymétrique à traîne, hand-draped — pièce custom.































Ralph Lauren
Cara Delevingne (qui co-anime également la diffusion Vogue depuis le tapis) : robe colonne en velours noir à dos en transparence, brodée d’un motif plumes en plus de dix mille cristaux à la main, traîne doublée crinoline sous des couches de tulle. Jaafar Jackson (interprète de Michael Jackson dans le biopic Michael) : veste en velours, gilet en soie, smoking en coton plissé Polo Ralph Lauren Fall 2026.

Etro
Stanley Tucci et Felicity Blunt : Tucci en veste velours vert sur mesure, pantalon de smoking en laine noire, chemise blanche.

dunhill
Tom Francis : Bourdon peak lapel evening jacket en barathée noire, gilet simple boutonnage en sergé de laine ivoire, chemise blanche Oxford à col plis, nœud papillon en soie ivoire, boutons de manchettes laqués bleu marine.

Brandon Blackwood : la première sur-mesure homme
Russell Wilson : trois-pièces Brandon Blackwood en satin de soie blanc double-face, manteau assorti, chaussures à semelles dorées sur mesure. Broderies or en branches d’arbre de vie au dos et aux poignets, motif Wings of Osiris. Pièce d’épaule signée Chris Habana. Premier custom homme de la maison. Tschabalala Self (artiste plasticienne, membre du host committee) : robe corsetée en soie gris perle à jupe bulle sculpturale et tulle, sac assorti orné d’une pièce strass-perle, bijoux Bernard James custom. La silhouette renvoie explicitement à La petite danseuse de quatorze ans de Degas.
Allen Jones x Kim Kardashian : l’objet-passerelle
C’est peut-être la pièce la plus intéressante du tapis sur le plan critique. Kim Kardashian porte une robe imaginée par l’artiste britannique Allen Jones (né en 1937, figure du Pop Art), produite en cuir par Whitaker Malem. La pièce prolonge le travail de Jones sur le corps humain comme sculpture — notamment Body Armour (1978), conçu pour un film inabouti puis porté par Kate Moss en 2013, et la sculpture Cover Story 4/4 (2021) présentée à la galerie Almine Rech Paris en 2024.
Le maquillage, signé Mario Dedivanovic (Makeup By Mario), a été conçu en collaboration avec la photographe Nadia Lee Cohen. Dedivanovic le décrit comme un « contraste subtil avec un rendu légèrement patiné, presque l’apparence d’un mannequin » — palette neutre, ton sourd, cohérence avec la sculpture-vêtement de Jones.
C’est l’un des rares looks de la soirée à inverser pleinement le rapport mode-art : non pas une robe inspirée d’une œuvre, mais une œuvre portée comme robe.


Remarques marginales
Plusieurs présences hors maisons identifiées méritent d’être notées : Doechii est arrivée pieds nus ; Heidi Klum a opté pour une silhouette statuaire ; Bad Bunny s’est présenté vieilli ; Eileen Gu a porté Iris van Herpen (robe-bulle, art in motion) ; Blake Lively a choisi Versace ; Beyoncé a opté pour un look squelette à traîne plumeuse. Rihanna et A$AP Rocky ont fermé la soirée — neuf minutes après la fin officielle du tapis, tradition désormais.
Le Mark Hotel a accueilli avant le tapis : Anna Wintour, Hudson Williams, Alysa Liu, Doechii, Paul Anthony Kelly, Cardi B, Tate McRae, Sombr, Colman Domingo, Miranda Kerr, Maude Apatow, Tessa Thompson, Lisa, JISOO, Naomi Watts, Sam Smith, Chase Infiniti, Odessa A’zion, Gabriela Hearst, Jordan Roth, Venus Williams, Adwoa Aboah, EJAE, Alex Consani, Irina Shayk, Joe Alwyn, Sarah Paulson, Tyla, Ahn Hyo-seop, Daisy Edgar-Jones, Wisdom Kaye, Alexa Chung, Karlie Kloss, Simon Jacquemus, Alexander Wang, Louisa Jacobson, Ivy Getty, Ashley Graham, Paloma Elsesser, ChangKyun Seo, Laura Harrier — et Luka, robot de 1,80 m accompagnant Alexander Wang : premier robot enregistré dans un hôtel pour le Met Gala.













































































































































































































































at The Mark Hotel Met Gala 2026 departures at The Mark Hotel on May 04, 2026 in New York City. (Photo by Craig Barritt/Getty Images for The Mark Hotel)






































Ce que cette édition installe
« Costume Art » a fait apparaître trois lignes de force.
D’abord, le retour du bijou-vêtement : Bvlgari, Chanel, De Beers, Boucheron, Messika, Pasquale Bruni ont chacun fait porter des pièces dont le poids matériel — gemmologique, esthétique, financier — dépasse celui de la robe. Le tapis n’a pas été un défilé de robes ornées, mais un défilé d’objets précieux portés par des silhouettes.
Ensuite, la passerelle directe artiste-tapis : Allen Jones avec Kim Kardashian, Robert Pruitt indirectement avec Venus Williams, Edgar Degas en filigrane chez Tschabalala Self. Ce ne sont plus des inspirations diffuses, mais des collaborations identifiables, accompagnées de leurs galeries (Almine Rech) et de leurs photographes (Nadia Lee Cohen).
Enfin, le déplacement géographique du luxe horloger sur un terrain qui lui était jusqu’ici secondaire : Jaeger-LeCoultre choisit le tapis du Met pour présenter trois pièces de la trilogie Reverso Cocktail avant leur révélation officielle à Miami. Audemars Piguet habille trois figures sportives et musicales. Chanel Horlogerie installe une montre squelette sur le poignet d’A$AP Rocky. Le poignet devient un terrain d’exposition aussi crédible que le décolleté.
Reste la question, suspendue, du rapport entre l’argent levé — quarante-deux millions, sponsoring Bezos en tête — et la lecture de l’exposition elle-même, qui ouvre au public le 10 mai. Le tapis s’est terminé. La conversation, au sens où Bolton l’envisage entre garments et œuvres, commence maintenant dans les nouvelles Condé M. Nast Galleries.

