La rue du Jour a une histoire que peu de rues de Paris peuvent revendiquer : depuis 1975, elle abrite une maison qui a exposé des photographes avant de les mettre sur des vêtements. Ce détail n’est pas anecdotique. Chez agnès b., le passage de la galerie au tissu n’a jamais été une opération marketing — c’était une cohérence. La collection Automne-Hiver 2026-2027 présentée le 9 mars à Paris reconduit cette logique sur au moins une douzaine de pièces : impressions d’arbres hivernaux sur satin, couchers de soleil reportés sur des vestes structurées, planches contacts transposées en pantalons larges, grilles haussmanniennes sur des robes droites.
La technique du transfert photographique sur tissu pose des contraintes que l’impression numérique standard ne résout pas entièrement. La main du tissu doit accepter l’encre sans perdre son tombé ; les zones de transition entre le fond du vêtement et le motif imprimé révèlent la qualité de la préparation de surface. Sur les looks en satin (notamment look 32, look 48), le rendu lumineux de la matière amplifie les dégradés photographiques — l’image ne recouvre pas le tissu, elle l’habite. Sur les pantalons en velours de coton (look 38), la trame absorbe l’encre différemment et produit un effet plus mat, plus proche du tirage papier.
La collection s’ouvre sur du denim brut — veste de travail, pantalon large, coupe non ajustée — et se referme sur un smoking noir et une robe de mariée en satin ivoire avec coiffe en dentelle. Entre ces deux pôles, le vestiaire se déploie sans hiérarchie de genre : hommes et femmes portent les mêmes coupes de tailleur, les mêmes combinaisons utilitaires bleu canard (look 9), les mêmes manteaux à épaules larges. Le tartan Royal Stewart rouge apparaît en tailleur trois pièces long (look 23), en jupe courte (look 22), en complet masculin strict (look 24) — même tissu, trois constructions distinctes, zéro concession à un usage genré.
Le velours traverse la collection dans plusieurs registres chromatiques : prune profond (look 10), bordeaux (look 53), marine nuit (look 41). Sur chacun, la coupe reste simple — blazer court, veste sans col, jupe droite — comme si la matière suffisait à porter la saison sans avoir besoin d’une silhouette complexe.
agnès b. a fondé sa galerie en même temps que ses boutiques. Quarante ans plus tard, la photographie est toujours dans les collections. Ce n’est pas de la fidélité à une esthétique — c’est la preuve qu’une maison peut construire un langage et s’y tenir.





























































