Home ModeFashion WeekYves Salomon AH 2026/27 : quand le vison apprend à vibrer

Yves Salomon AH 2026/27 : quand le vison apprend à vibrer

by pascal iakovou
0 comments

La maison Yves Salomon n’est pas une maison de couleur. Elle est une maison de matière — vison, renard, peau lainée, cachemire en grosse jauge. Ce que la collection Automne-Hiver 2026/27 propose, c’est une transgression précise : confier à ces matières le vocabulaire formel de l’Op Art.

Le référent est explicitement nommé. Bridget Riley, dont les toiles des années 60 organisent la vibration optique par la seule rigueur du rapport entre lignes et plans. Anni et Josef Albers, pédagogues du Bauhaus devenus théoriciens de l’interaction chromatique — leur leçon fondamentale étant qu’une couleur n’existe pas seule, qu’elle se définit par ce qui la borde. Appliquer cette grammaire à un tweed de vison — tisser la peau pour qu’elle vibre — est une décision technique avant d’être une décision esthétique.


Détail technique

Le vison « tweedé » désigne ici un processus par lequel la peau est découpée en lanières fines puis retissée ou tressée selon des blocs de couleur contrastés. La technique, qui mobilise un savoir-faire de découpe et d’assemblage distinct du travail de la fourrure en plaque, permet des effets de texture et de profondeur que le tissu seul ne peut restituer. C’est, en substance, ce que les Albers accomplissaient sur le métier à tisser de Dessau — une organisation de la matière par la contrainte de la trame.


La silhouette de référence, elle, est cinématographique. Angelica Huston dans les années 70 : longiligne, légèrement androgyne, portant le vêtement avec une indifférence qui n’exclut pas l’autorité. Caban aux volumes affirmés, costumes en flanelle, pull vareuse en côte anglaise. Des pièces dont la coupe structure avant que la matière ne décore.

Le layering — terme que la charte Luxsure conduit à formuler autrement : l’architecture du volume — est ici un langage en soi. Une cape-veste posée sur un plastron frangé. Des cols-gilets glissés sous un manteau. Un plastron-camionneur en vison superposé sur un pull. Ce n’est pas de la superposition pour sa propre cause ; c’est une réponse à la question de savoir comment le vison, matière enveloppante par définition, peut devenir modulable — quelque chose qu’on enlève, repose, recompose.

Les galonnages de renard naturel et les franges en cuir nouées fonctionnent comme des lignes de séparation entre les plans — exactement le rôle que tient le trait dans une composition de Riley. La frontière est aussi l’ornement.

Ce que cette collection dit, au fond, c’est que la fourrure n’est pas condamnée à l’ostentation. Qu’elle peut être l’instrument d’un travail formel rigoureux, et que la main du coupeur peut répondre à l’œil du peintre.

Related Articles