Le 8 mars 2026, au Palais de Tokyo, Niccolò Pasqualetti a présenté une collection construite autour d’un principe de substitution systématique. Non pas une matière en remplacement d’une autre par économie ou commodité — mais une matière conduite, par manipulation technique, à ressembler à ce qu’elle n’est pas. La soie dorée traitée pour imiter la pelisse. La peau de mouton teinte pour évoquer le grain du cuir de cerf. Le coton coloré pour rappeler la terre fraîchement ouverte.
Ce programme n’a rien d’une anecdote de collection. Il engage une question sur la nature de l’authenticité dans le travail textile : qu’est-ce qu’une matière, si elle peut en reproduire fidèlement une autre ? La réponse de Pasqualetti est dans le geste lui-même — la manipulation reste visible, le résultat ne cherche pas à tromper mais à déplacer.
Détail technique
Le suède long nap (long-nap suede) utilisé dans la collection désigne un cuir dont le velours a été délibérément laissé en longueur, créant une surface proche de celle d’un textile broché. Associé au veau grainé (pebbled calfskin) — dont la surface alvéolée résulte d’un gaufrage mécanique ou d’un tannage spécifique — et à l’agneau clouté souple (supple studded lambskin), la collection construit une palette tactile avant d’être une palette chromatique.
Le jacquard distordu et les sequins denses occupent l’autre extrémité du spectre : là où les peaux jouent à mimer l’organique, ces tissus revendiquent leur artificialité. Les structures souples liées par anneaux métalliques — conçues pour se superposer sur des pièces de garde-robe standard — fonctionnent comme des interfaces entre les deux registres. L’anneau métallique n’est pas un ornement ; c’est un point de jonction entre une logique de sculpture et une logique de vêtement.
La palette chromatique — rouge profond, vert moussu, orange rouillé, bleu profond — suit la même logique de tension : des couleurs qui évoquent le minéral et le végétal, jamais le synthétique. Elles ancrent la collection dans un territoire terrestre que les manipulations de matière s’emploient simultanément à quitter.
La taille asymétrique, elle, n’est pas une coquetterie : c’est la traduction structurelle de ce même principe. Un vêtement qui ne se referme pas sur lui-même, qui laisse une ligne en suspens, est un vêtement qui admet sa propre incomplétude.
Pasqualetti travaille depuis Paris un territoire que peu de créateurs de sa génération habitent avec cette cohérence : celui où la facture artisanale ne sert pas à valider un héritage, mais à mener une enquête sur ce que la matière peut encore tenir comme secret.



















































