Pour sa première apparition officielle à la Paris Fashion Week, Kartik Kumra, fondateur du label Kartik Research, impose un souffle neuf. Avec How to Make it in India, il détourne la question du succès pour proposer une lecture viscérale, enracinée, presque tactile de l’élégance contemporaine. La collection, construite autour de ses rencontres à travers l’Inde, célèbre une humanité textile en voie de disparition, en redonnant voix et geste aux artisans.
Au lieu d’esthétiser l’Inde depuis l’extérieur, Kumra choisit la réciprocité du regard : ses vêtements puisent dans le quotidien non stylisé des artisans qu’il observe. Ce refus de l’ingénierie du goût donne naissance à des pièces à l’allure spontanée, habitées. Il parle d’une élégance instinctive, plus proche du vécu que du styling.
Le travail de broderie kantha, réalisé avec des spécialistes du Bengale, atteint un niveau de complexité discrète. Baptisé “crash” kantha, cet art du point manuel est appliqué sur des soies matka issues de cocons de vers à soie Mulberry percés — chaque pièce révélant ses secrets à mesure qu’on s’en approche : “The closer you get, the cooler the piece gets.”
La collection introduit également le womenswear et le footwear, élargissant la narration stylistique de la marque. Les silhouettes féminines sont fluides, lumineuses, presque chorégraphiées dans leur tombé. Côté chaussures : Converse pour les sneakers, Manolo Blahnik pour les souliers et talons, fusionnent héritage et quotidien. Les accessoires – lunettes Cutler & Gross, chaussettes Bresciani – s’insèrent sans forcer dans cette harmonie textile.
La direction artistique, signée par le créateur lui-même, bénéficie du styling affûté de Julie Ragolia et d’une mise en scène sonore par Lapgan, tandis que le décor est enrichi de tapis Jaipur Rugs, hommage discret à l’artisanat d’intérieur.





























Avec How to Make it in India, Kartik Kumra ne répond pas à la question du succès, il la reformule. Il propose une cartographie émotionnelle, dense, où chaque vêtement est un récit, une mémoire en mouvement, née de mains humaines. Le luxe ici n’est pas spectaculaire, mais sensible. Il est tissé dans la lenteur, brodé dans la nuance, ancré dans un présent collectif et profondément local — et c’est précisément cela qui le rend global.
