Home ModeFashion Week Rencontre : Gyunel couture, ou un futur qui reste fidèle à ses contes

Rencontre : Gyunel couture, ou un futur qui reste fidèle à ses contes

by Manon Renault
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Le temps d’un conte, le Ritz s’est transformé en une forêt peuplée de muses. Alors que les premières neiges tombaient sur Paris, le vestiaire couture imaginé par la créatrice Gyunel s’est déjouée du froid pour exercer sa douce féerie. Une ambiance Dark Paradise qui n’est en rien angoissante. À l’image de la robe du même nom, délicate et teintée d’un noir bleu ombré, la chanson de Gyunel est comme ces mélodies intemporelles. Un air rassurant vers lequel on revient peu importe les époques. Avec une offre qui combine artistique, travail des coupes et robes plus sexy,  la maison Gyunel Couture est celle d’une artiste dont les robes conservent au creux de l’orgenza les marques des pinceaux qui peignent les rêves.

Quand il faut laisser fondre la neige

« Chaque collection est très intense. Personne ne voit les coulisses, le stress. La présentation peut vite s’apparenter à un moment de vide. Et ce vide est une sensation étrange. Heureusement j’ai déjà les idées de la prochaine collection. Je ne laisse pas de temps au vide pour m’envahir ». Gyunel présentait sa collection « Villa of Wonders 1552 » pendant la semaine de la haute-couture. Si son regard est tourné vers le futur, elle revient sur ses inspirations, ses souvenirs : soit des particules d’un passée plein de promesses créatives. Les émotions, les souvenirs de jeunesse mais surtout les voyages sont primordiaux pour la créatrice.  « Le point de départ de cette collection est un voyage en Italie, et la visite du Jardin de Bomarzo, juste à quelques minutes de Rome. C’était en juillet. Les lumières n’avaient rien à voir avec celles de la ville. Une variation de verts dans laquelle les gargouilles, se trouvaient au milieu des chérubins et des cupidon. » Si Gyunel s’arrête sur ce paysage, c’est que les Gargouilles sont devenues la signature de la créatrice. Des thèmes de prédilections, et une fidélité aux contes les moins édulcorés que l’on retrouvent magnifiés dans les robes comme le modèle Bomarzo Orcus Praesidium.  Une véritable toile vivante. D’ailleurs Gyunel ne s’emprisonne pas dans la catégorie designer de mode «  Je peins à l’aquarelle. Mais ce n’est pas la même chose quand il s’agit des vêtements et quand il s’agit de tableaux que j’expose. Quand je peins pour mes créations couture, j’ai une idée des matières, et de la manière dont elles peuvent refléter la lumière pour conserver l’impression première(…) Et j’aime expérimenter de nouveaux tissus, ainsi que de nouvelles techniques comme les moulages 3D. Je pense que mon travail trouve son nom dans ces différentes articulations. Le travail de couturier n’embrasse pas une définition unique ». Dans les forêts épaisses et denses de l’enfance, Gyunel à su trouver une boussole.

La couture en héritage

 » Depuis mes 8 ans j’ai suivi des cours d’art. Mais j’ai fait des études dans le business en regardant constamment les classes d’art que je jalousai. Je me suis d’abord tournée vers le cinéma. Une passion de jeunesse? «  Ou tout simplement les prémisses d’ un goût pour mettre en images les récits avec lesquels elle a grandi. «  Ma grand-mère est libraire. Enfant, je passais des heures à me balader au milieu des livres. Il sont très présents dans mes souvenirs et sont logiquement présents dans mes créations. Les contes d’Andersen par exemple. Le tout est de trouver de nouvelles manières de les raconter avec des vêtements qui soient à la fois artistique mais qui peuvent se porter facilement. L’équilibre est important. » La couture peut se perdre en concepts. Les designers finissent par créer des vêtements qui se regardent et ne se portent plus. Pour Gyunel le vêtement couture est fait pour vivre « Ma mère a toujours porté du sur-mesure, comme sa mère avant elle. C’était important de posséder des vêtements bien coupés et adaptés à la morphologie. Ma mère dessinait ses tenues et les apportaient au couturier, comme pour s’assurer qu’elle posséderait un vêtement à part, unique, fait pour elle ». Au regard du travail effectué par Gyunel, la transmission de ce sentiment est important et efficient. Robes courtes, jupes longues augmentées de crop top, combinaisons fuselées ou la robe smoking sont autant de propositions qui témoignent d’une volonté de s’adresser à des femmes multiples. «  J’ai fait mes études à la Central Saint Martins et au London College of Fashion. Au début j’avais l’habitude de dessiner des modèles très « curvy ». Avec des hanches. Mais ce sont des silhouettes droites qui doivent orner les croquis de mode. Alors quand on fait du sur-mesure on peut se permettre de partir de dessins droits et de s’adapter aux silhouettes des clientes. On me pose encore cette question un peu bête : est-ce que vous habillez des femmes des toutes tailles ? Oui bien sûr, c’est du sur-mesure. Certaines coupes sont plus ou moins adaptées : les grands décolletés ne conviennent pas à toutes les femmes, évidement. Alors il faut se connaître, connaître son corps, et le couturier est là pour accompagner. »

Le conte sans fin de la couture

 » J’ai toujours peur de copier. Vous savez il y’a tant de choses faites dans le monde, un tel foisonnement créatif ! C’est fantastique mais il faut faire attention. Alors, je suis de près ce qui se passe dans les univers de la mode et des arts. Je ne veux pas suivre les tendances. Mais je veux rester informée pour éviter de faire de mauvaises propositions. Tout cela est difficile : la surveillance ne doit pas entraver le processus créatif. Quand j’ai une idée, j’essaye de ne pas trop me comparer à tout ce qui est fait. On peut vite perdre la tête sinon ». La créativité change dans une époque dominée par l’immédiateté est une diversification et personnalisation des demandes. Les gens aiment, réagissant,alors l’industrie de la mode ne peut plus faire la sourde oreille. Les anciennes maisons sont challengées par les nouvelles, et par des publics qui n’ont plus les même attentes.  » La modernité, la légèreté sont importantes lorsque je crée. De l’art portable : c’est l’idée. Une couture « tendance » qui s’articule aux classiques. Je pense aux robes de mariés. Une fois quelqu’un m’a dit que c’était démodé. Pour moi c’est une tradition, un classique et les clientes en fond toujours la demande. La robe de mariage doit être exceptionnelle, elle marque un tournant dans la vie d’un individu. C’est quelque chose que l’on garde. Il ne faut pas oublier tout cela. » La suite pour Gyunel : continuer son échappée belle en puisant dans les souvenirs de son enfance  » Ma grand-mère avait un parfum qu’elle gardait toujours dans une boîte en bois. Ainsi le parfum changeait de saveurs. Je garde cela à l’esprit et espère pouvoir le moderniser. » 

 » Je veux juste que le voyage reste fun  » 

« Dans mon esprit c’est Paris. La haute-couture c’est Paris. Et c’est super de constater la pluralité des propositions. C’est démocratique, international…Je suis ravie de revenir chaque saison. » Dans la dernière collection Gyunel les chansons de Lana Del Rey côtoient les premiers perce-neige qui s’échappent des par terres de feuilles mordorées. Une sublime étrangeté…Alors que Natalia Vodianova descend les marches du Ritz dans la robe Dark Paradise Lana, l’apparition d’un avenir lumineux rayonne.

 

 

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