Home ModeFashion Week Fashion Week Masculine Printemps/été 2019 : Jour 2 Tous révoltés

Fashion Week Masculine Printemps/été 2019 : Jour 2 Tous révoltés

by Manon Renault 21 juin 2018 0 comment

Image : Instagram #Off_white

1968-2018 : cinquante ans sont passés, et pourtant les images de cette révolte restent indélébiles. À rebours, c’est un fantasme parisien rimant avec Godard et Nouvelle vague qui alimente l’esthétique de l’étudiant européen « ensorbonné« . Elle permet à la jeunesse de ressentir la nostalgie d’une époque inconnue et de s’imaginer en constante rebellion, bien à l’abri?Toutes les revendications ne sont pas politiques, engagées: beaucoup sont encore fraîches et candides. Les couleurs pastels, les imprimés floraux de Valentino ou Acne Studio semblent inviter à cette légèreté. Une légèreté insoutenable pour Walter Van Beirendonck ,Undercover ou Facetasm qui redessinent à coup de fluo le manifeste d’un mai 2018. Entre casseurs et jolis coeurs, cette deuxième journée explore le répertoire de la bonne éducation.

La question : Qui peut se permettre de se donner des airs révoltés ?

La révolte « modérée » fait-elle partie de la bonne éducation à la Française ?


NAMACHEKO: Obéissance d’un jeune premier

Culottes courtes, et pulls tartans : la collection été 2019 proposée par Namacheko s’inscrit dans la continuité de la précédente : nostalgie de la classe instruite des années 70. Des looks qualifiés de « preppy », pour un bon élève qui nage au milieu d’un « papa »trimione », ou les femmes sont chargées de l’éducation. Le tailoring est de retour, mais ne vient pas assouvir des ambitions de dominations masculines. Les jeunes garçons sont habillés par des mères qu’ils mettent au défi en raccourcissant leur short. Namacheko , bien sous tout rapport, fait à sa manière la révolution de la mini-jupe. Filiation genre et éducation.

WALTER VAN BEIRENDONCK: Sans Haine, sans armes, ni violences

Par définition, le scandale est un ressort marketing éphémère. Il vise a créer du sensationnel à base de « théorie du complot » et titres racoleurs. Le schéma commun veut que la star, ou toutes personnes atteintes, mette fin aux rumeurs pour empêcher tous commérages. Mais Walter Van Beirendonck reprend la une. Il met en scène sa popularité en transformant le corps des mannequins en étendard à slogans. Des signes « Peace » s’hybrident aux casquettes. Un méta scandale: le créateur se réaproprie la cadence des événements. Il tue l’aspect frénétique du buzz en joignant silhouettes aux couleurs criardes et musiques lentes, silences et plumes de paons. Le vent l’emportera, tout disparaîtra … ( une autre victime des scandales).  La fiction du scandale devient un dessin animé. Soit une histoire que l’on raconte aux enfants pour apprendre à distinguer le bien du mal. Le défilé aurait pu se limiter à un jeu de provocation, mais les dernières tenues montrent que les choses les plus fascinantes sont celles qui ont la capacité de transcender les attentes. Contrairement au scandale, dont les schémas séducteurs sont bien connus.

Y/PROJECT Fini le statut d’étudiants ?

Couronné par le prix de L’ADAM, Glenn Marteens rassemble les fans de son travail, et les fans des apparences. Y/project est devenu un défilé « côté », dont la critique demande de multiplier les adjectifs du meilleur goût. À la vue des années, Glenn Marteens ne pouvait plus échapper au terrible et sclérosant titre du « défilé de la maturité ». Si les tenues semblaient plus sages que les saisons précédentes Y/Project ne change pas de cap. Une exploration dans différents vestiaires avec une même obsession pour les jeux de volumes. Malgrès les prix, Marteens reste un humble élève qui navigue dans les eaux du tailoring. Les accessoires de la bourgeoisie, (féminine comme masculine) prennent de nouvelles dimensions et s’associent au sportwear en lycra. Les joggings ne se cachent plus sous le costume. Le décontracté a bouffé les conventions.


Se rebeller contre l’éducation : un privilège. Cela présuppose que les personnes qui se révoltent, bénéficient d’une éducation et de capacités critiques pour en déceler les limites. Virgil Abloh s’est instruit dans une Amérique faite de dettes. Le fantôme des prêts universitaires hante la jeunesse, contrairement à la France ou les études sont encore « gratuites »…Pour combien de temps ?  L’Amérique d’Abloh : une Amérique pop Simpson en jean qui ne connaît pas grand chose à ce que la France qualifie d’art. C’est ce qu’on dit pour se rassurer.

Les luttes sont situées. Dans la vie, comme dans la mode ( si tenté que les deux soient séparées)…Faire son mai 68 ne veut finalement rien dire.

 Faut-il exiger de la mode de prendre parti ? Si le rôle de cet art n’est pas d’enseigner la bonne conduite , il n’en est pas moins politique .

 

 

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