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L’Hôtel, un secret bien gardé au coeur de Saint Germain des Près.

by pascal iakovou
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L’Hôtel, un secret bien gardé au coeur de Saint Germain des Près.

Il y a quelques temps, nous découvrions un lieu rare à Paris. Un Hôtel au charme fou, caché, subtil et raffiné. Nous n’avons pas résisté au plaisir de partager cette découverte avec vous.


On passerait devant presque sans s’en apercevoir, à moins de lever les yeux et de regarder le bélier en bronze argenté fixé au-dessus de l’entrée. Au-delà des deux battants, la perspective donne sur une enfilade de pièces mystérieuses. Rien de plus ne filtre. Il en est ainsi de ces adresses confidentielles que l’on se chuchote à l’oreille, afin de les partager en huis clos ou de les garder secrètes, le plus longtemps possible.

L’adresse du lieu, au coeur des plus belles galeries d’art et d’antiquaires de la capitale, n’est certes pas anodine. En remontant la rue Bonaparte, la promenade mène à l’église Saint Germain des Près et aux cafés des Deux Magots et du Flore. Au bout de la rue des Beaux Arts, l’école des Beaux Arts affiche sa façade ainsi que sa cour sculpturales et un peu plus bas à droite, la Seine, le quai Voltaire et le Louvre…

Un lieu préservé, luxueux et discret
Une fois le seuil de l’établissement franchi, Paris semble loin, et si près aussi. D’emblée, la magie opère. On se sent accueilli, protégé, presque chez soi. Le sentiment de plonger dans un roman de Francis Scott Fitzgerald plane alors comme une douce étreinte.
L’un des plus célèbres clients fut d’ailleurs Oscar Wilde qui trouva ici un point de chute capable de panser ses blessures, après ses années d’emprisonnement en Angleterre. A la fin de sa vie, malade et abandonné de tous, il ne quittait plus son lit et les droits d’auteur perçus pour ses romans pourtant amplement publiés, n’arrivaient même plus à payer ses dettes. Dans sa chambre, une lettre du directeur de l’époque, Jean Dupoirier, lui demandant de régler sa note et ses frais de toilette, a été mise sous verre. « Je meurs au-dessus de mes moyens » dira l’écrivain le jour où il quittera cette terre.

Sa chambre baptisée de son nom, la numéro 16, possède un bow-window donnant sur une terrasse qui n’existait pas à l’origine. Au mur, une fresque en émail émeraude représentant des paons est la réplique de celle qui figurait dans sa salle à manger à Londres. La tête de lit, ornée de cygnes, participe à la poésie du lieu.
Comme toute adresse qui attire dans ses filets les étoiles, L’Hôtel a accueilli de nombreuses personnalités du monde de l’art, du cinéma et du show business qui firent de cet établissement placé au coeur de la capitale, loin des fastes, leur villégiature parisienne préférée. Mistinguett, Jean Cocteau, Jim Morrison, Jorge Louis Borges, Ava Gardner, Grace de Monaco, Liza Minelli, Salvador Dali, Nathalie Wood… et aujourd’hui, Annie Leibovitz, Monica Bellucci, Susan Sonntag… trouvent toujours autant dans ce lieu préservé, luxueux et discret, quelque chose de rassurant.

Un air de bel canto
A l’intérieur, le temps semble s’être arrêté. Le bruit de la ville est derrière, comme emmitouflé dans une gaze. Dans le lobby, des fresques peintes à la main donnent aux murs un air de bel canto, les canapés Napoléon III recouverts de velours à rayures côtoient des meubles néo-classiques aux lignes graciles. Sur les murs, des gravures de Jean Cocteau diffusent leurs ondes légères. Les colonnes dorées par Alain Pouliquen (il a également travaillé pour le palais Garnier) rythment les murs de l’atrium néoclassique, que certains touristes se risquent même de visiter sous l’oeil complice du concierge. Décorée au dernier étage d’un spectaculaire miroir baroque, cette célèbre cage d’escalier est un puits de lumière ponctué d’ouvertures. Aussi belle et vertigineuse que la tour intérieure d’un palais florentin. Au bar, des appliques de bronze diffusent une lumière tamisée sur les murs habillés de taffetas plissé. Dans cette pénombre ouatée, les visages se lissent, les conversations se font à voix douce, les heures deviennent proustiennes. Tout est alors une question d’éclairage, de dosage, de délicatesse.

Au restaurant, la lumière naturelle provenant d’une verrière caresse les tables et les fauteuils Empire. Le soir, les lanternes orientales descendant du plafond nimbent le lieu d’une nouvelle lueur safran. Les fenêtres habillées de taffetas de soie donnent sur un petit jardin extérieur, où quelques tables sont installées pour profiter des beaux jours. Dans le jardin murmure une fontaine réalisée selon les plans de Claude-Nicolas Ledoux. Le temps suspend son vol. On ferme alors les yeux, on rêve, on se laisser envahir par la magie du lieu…

Un restaurant gastronomique
Julien Montbabut exerce ses talents depuis le mois de mai 2011 au Restaurant de L’Hôtel, un lieu magique et raffiné pour une cuisine qui ne l’est pas moins. En mars 2012, il obtient sa première étoile Michelin, permettant ainsi au Restaurant de conserver sa distinction. Une très belle récompense dans l’ordre des choses, pour ce jeune chef de 29 ans qui aspirait à opérer le changement dans la continuité lorsqu’il a repris les rênes de l’établissement au printemps 2011. Il apporte un twist de modernité et un zeste de légèreté à travers sa courte carte de saison. L’équipe s’emploie à servir au mieux la clientèle et la cuisine du Restaurant, sublimée par la beauté des lieux. L’Hôtel est dirigé par le jeune et dynamique Julien Révah. Après l’avoir testé, nous ne pouvons que vous recommander ce lieu. Et plus particulièrement le menu-déjeuner à 45 € (entrée-plat ou plat-dessert), ou 55 € (entrée-plat-dessert) qui propose un rapport qualité prix exceptionnel.

Voyages intérieurs
Depuis sa naissance, L’Hôtel ne déroge pas à la règle : cultiver la diversité. Principe qu’il applique encore aujourd’hui aux vingt chambres, toutes différentes, redécorées en 2000 par Jacques Garcia selon ses thèmes chers, le sens du théâtral et de l’intimité, orchestré ici avec une infinie délicatesse. Chacune d’elles enferme une histoire, un roman, une aventure, un voyage.

Dans la chambre Pagode aux murs ornés de moulures de bambou, décorée d’un mobilier japonais et de tissus damassés rouge… les effluves capiteux de l’Asie planent. Dans la chambre Marco Polo, un autre voyage est proposé. De part et d’autre de la fenêtre trônent des vases chinois monumentaux ainsi que deux sièges impériaux qui semblent venir de la Cité Interdite. Dans la chambre Viollet-le-Duc, tendue d’un velours de Gênes aux effets pourpre, le mobilier de style médiéval renoue avec l’engouement que le XIXème avait pour le courant chevaleresque. Dans la chambre Mistinguett, les murs sont en trompe l’oeil et en galuchat, les appliques et les coupelles viennent de chez Lalique. Le lit à miroirs, la coiffeuse et l’horloge Art Déco dessinés par Jean-Gabriel Domergue étaient ceux de la chambre de la trépidante star des Folies Bergères, à Bougival. Dans la chambre Pierre Loti, envol sur un tapis des mille et une nuits ! Pas une erreur ou une faute de goût ne se devine dans ces tentures d’inspiration ottomane, ce mobilier syrien et ces corniches aux motifs d’arabesques…

Et partout, le même confort d’aujourd’hui, jusque dans les salles de bains au mobilier en acajou, pourvues de baignoire à l’ancienne abritée dans une alcôve, d’une robinetterie anglaise en métal argenté, d’une douche séparée… Et comme l’élégance se loge ici jusque dans les fragrances, les produits de soins bio Green & Spring Bath & Body Products, développés en exclusivité par « A Curious Group of Hotels », sont posés sur les étagères anciennes.

L’ombre de la reine Margot
A l’emplacement de L’Hôtel était situé jadis un pavillon qui fit couler beaucoup d’encre. Construit sur le lotissement du Pré aux Clercs appartenant aux moines de Saint Germain des Près, il fut édifié pour abriter les amours secrètes de la reine Margot. Vingt six arpents en tout et pour tout, où l’architecte Jean Antissier réalisa un palais dont l’entrée se situait rue de Seine. Aujourd’hui, seule la chapelle demeure. Lorsque la reine mourut en 1615, la demeure fut vendue. En 1640, les rues de Lille, de Verneuil et de Beaune, alors inexistantes, virent le jour. La future rue des Beaux Arts également. Elle passera au milieu de l’ex jardin de la souveraine, devenu un grand parc en friche et appartenant deux siècles plus tard à la famille de la Rochefoucauld-Liancourt.
Les premières pierres de l’édifice actuel furent posées en 1824, sous la Restauration, autour de la tour. Devenu hôtel de voyageurs, le lieu s’appela tout d’abord hôtel d’Allemagne puis hôtel d’Alsace, après la guerre contre la Prusse en 1870. Un peu moins de cent ans plus tard, en 1963, un industriel du textile, Edmond Dreyfus, rachète l’immeuble. Il confie sa direction à Guy-Louis Duboucheron et sa rénovation à l’architecte Robin Westbrook. Et l’hôtel devint L’Hôtel.
On créa alors un restaurant dans le jardin, et en 2000 la décoration de l’hôtel fut confiée à Jacques Garcia. Avec son talent d’historien et de poète scénographe, ce dernier tira un trait sur les pesanteurs du passé et plongea le lieu dans l’atmosphère actuelle. Aujourd’hui, l’établissement appartient à Peter et Jessica Frankopan, fondateurs en 2000 du groupe « A Curious Group of Hotels ».


L’Hôtel est l’un des rares établissements de la rive gauche à posséder une petite piscine de cinq mètres sur trois, suffisamment profonde pour se relaxer et nager à contre-courant. Elle est située au sous-sol, dans des caves voutées du XVIIIème siècle, traitées comme des thermes romains. Le lieu est privatisé pour les résidents de L’Hôtel qui ont également accès à un hammam et à une gamme complète de massages.

L’Hôtel
13, rue des Beaux-Arts
75 006 Paris
Tél. : 01 44 41 99 00
http://fr.l-hotel.com/

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