Au Yacht Show de Monaco, du 23 au 26 septembre 2026, le chantier de La Spezia dévoilera en première mondiale deux unités qui n’ont presque rien en commun, sinon de porter la même signature. Le FAST50, aluminium et quatre moteurs, renoue avec l’ADN de vitesse qui a construit la légende Baglietto. Le T60, lui, invente un art de vivre à bord fondé sur la lumière et l’immobilité. Entre les deux, c’est moins un choix de modèle qu’une question posée à chaque propriétaire : qu’attend-on vraiment de la mer ?
Il y a une manière de raconter Baglietto qui tient en une image : un sillage blanc, tracé à trente nœuds, sur une mer que la plupart des yachts de croisière se contentent de traverser. C’est cette image que le FAST50 vient réactiver. Long de 49,9 mètres, propulsé par quatre moteurs, il appartient à cette famille d’aluminium planants qui a fait, dans les années 1990 et 2000, la réputation internationale du chantier italien. Sa carrosserie, signée Francesco Paszkowski Design, ne cherche pas la rupture mais la citation : elle reprend, dans un vocabulaire contemporain, les lignes de quelques-uns des Baglietto les plus iconiques de l’histoire du chantier. Un exercice délicat — flatter la mémoire sans jamais tomber dans la nostalgie — que l’architecture navale de Pierluigi Ausonio vient équilibrer par des volumes intérieurs dignes d’un déplacement, alors même que la coque, elle, est conçue pour voler sur l’eau.
À l’autre extrémité du spectre, le T60 ne cherche à battre aucun record. Ici, la vitesse cède la place à la lumière : verrières du sol au plafond, continuité totale entre intérieur et extérieur, volumes pensés pour que le regard ne rencontre jamais d’obstacle entre le salon et l’horizon. Toujours signé Francesco Paszkowski Design, en collaboration avec Margherita Casprini pour les intérieurs, le T60 formule une autre définition du luxe en mer — non plus la performance, mais la disponibilité au paysage, la capacité de l’architecture à s’effacer devant lui.
Pour Fabio Ermetto, directeur commercial de Baglietto, les deux modèles ne sont pas concurrents mais complémentaires : l’un célèbre l’héritage de performance du chantier, l’autre redéfinit l’art de vivre à bord par le volume et la connexion à la mer. Une manière de dire, sans le formuler tout à fait, que la maison italienne refuse désormais de réduire son identité à un seul geste, quitte à parler deux langues différentes dans le même catalogue.
Ces deux premières mondiales interviennent alors que Baglietto a considérablement investi ses deux sites de production. À La Spezia, le siège historique déploie sur 35 000 m² trois nouveaux hangars capables de construire des unités jusqu’à 65 mètres, ainsi que des quais entièrement rééquipés pour accueillir des bateaux de 70 mètres, et un travel lift d’environ 1 200 tonnes — le plus puissant d’Europe. À Carrara, le site opérationnel se partage entre la construction des vedettes militaires de la marque Baglietto Navy et celle de certains modèles de Bertram Yachts, rejointe par le groupe en 2015, aux côtés de quatre nouveaux hangars dédiés à la ligne DOM et aux unités jusqu’à 46 mètres. Durant le salon monégasque, propriétaires, futurs clients et journalistes pourront visiter les deux nouveautés en privé, sur simple demande auprès des équipes commerciales ou presse du chantier.
Une capacité industrielle mise au service de deux récits opposés du plaisir nautique. Reste à savoir lequel, du sillage ou du silence, définira le luxe maritime de la décennie à venir — ou si, comme le suggère Baglietto à Monaco cette année, la vraie sophistication consiste précisément à ne plus avoir à choisir.


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