Y-3 SS27 : le beau jeu selon Yohji Yamamoto

by PASCAL IAKOVOU
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Il y a quelque chose d’irrésistiblement ambigu dans le geste de Y-3 pour le printemps-été 2027 : prendre le Palais Brongniart — ancien temple de la finance, colonnes doriennes et marbre solennel — et le transformer en stade de football brutaliste. Les gradins installés pour l’occasion, les faisceaux de lumière imitant les éclairages des enceintes géantes, l’astroturf noir tendu comme un ring : tout cela constitue moins un décor qu’un argument. Y-3 ne défile pas. Y-3 joue.

Le 27 juin 2026, à dix-sept heures, Dongjoon Lim a orchestré une présentation en trois actes — dramaturgiquement calquée sur la structure d’un match — où des artistes du mouvement ont traversé le podium noir sous la direction de Julien Gaillac. La musique, signée Solitary Dancer, n’imitait pas les ambiances de stade : elle les distordait. Et c’est précisément là que réside le propos.

Le stade comme métaphore

Depuis sa fondation en 2003 par adidas et Yohji Yamamoto, Y-3 incarne ce que l’on pourrait appeler le « seuil permanent » : le point exact où le sport cesse d’être fonctionnel pour devenir poétique. La SS27 l’énonce avec une clarté rare. Les pièces en denim taillé coexistent avec des robes féminines à silhouettes drapées et superpositions expressives. Le motif de la rayure iconique d’adidas traverse la collection comme une signature contestataire, souvenir de la contre-culture qui irrigue l’ADN de la marque depuis toujours.

Ce que le communiqué ne dit pas, c’est que le football convoqué ici n’est qu’un prétexte. Le vrai sujet, c’est l’antagonisme. Raffinement contre rébellion, légèreté aérée contre solidité structurée. Y-3 travaille toujours sur ce fil-là.

La capsule Takahiro Miyashita : deux Japonais, une conversation

L’événement dans l’événement, c’est la capsule réalisée avec Takahiro Miyashita — designer dont le travail au sein de Number (N)ine, puis en solo, s’inscrit dans la même tradition de la beauté déstabilisante. Le dialogue entre les deux esthétiques produit des pièces d’une densité rare : maillots de football subvertis par des coutures scotchées, pulls en maille agrémentés de fils réfléchissants, trims en métal qui transforment des silhouettes familières en objets inconnus.

On retrouve le signe « IX » — chiffre romain renvoyant à l’héritage propre de Miyashita — et un graphic « I Love Y-3 », clin d’oeil à une archive de la maison. La chaussure qui incarne cette conversation est le Y-3 YAKUTAT BOOT TM, boots à double construction et garnitures métalliques. Ce n’est pas une collaboration de circonstance. C’est une réponse à une question esthétique commune.

La Stan Smith fait sa mue

Pour la chaussure, Y-3 opère sa subversion habituelle sur une icône universelle. Le nouveau Y-3 STAN SMITH SQ propose une lecture formalisée — bout carré, talon affirmé — qui tire la sneaker du côté du soulier de ville sans jamais la trahir. En parallèle, le Y-3 STAN SMITH LO PRO affine la silhouette originale jusqu’à sa version la plus épurée. Deux façons opposées de lire un même classique.

Le coup de sifflet final ne marque pas une fin, dit Y-3. C’est le début de quelque chose qui n’a pas encore de nom. Pour une maison qui explore depuis vingt ans ce que sport et vêtement se disent l’un à l’autre, la formule ressemble moins à un slogan qu’à une méthode.

Y-3 SS27 — adidas.com/Y-3 | #Y3

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