« Memories of a Forgotten Home » — dans le cadre de la semaine de la mode d’Anvers, le designer Nadav Perlman présente une collection printemps-été 2027 qui interroge l’appartenance, la mémoire et les racines.
Il y a dans le titre de cette collection quelque chose qui résiste à la traduction — non parce que l’anglais est intraduisible, mais parce que l’expérience qu’il désigne l’est peut-être. « Memories of a Forgotten Home » : des souvenirs d’une maison oubliée. Pas perdue, pas détruite — oubliée. La nuance dit tout de l’ambition de Nadav Perlman pour son printemps-été 2027.
Le designer a présenté la collection ROOTS dans le cadre de la semaine de la mode d’Anvers, cette ville qui occupe une place singulière dans la géographie de la mode contemporaine — berceau des Six d’Anvers, laboratoire d’une certaine idée du vêtement comme pensée. Le choix du lieu n’est pas anodin : Anvers autorise des propositions qui, à Paris ou Milan, peineraient à trouver leur espace.
La mémoire comme couture
Ce que Perlman propose avec ROOTS, c’est une archéologie personnelle traduite en silhouettes. Le vêtement comme fouille — non pas pour reconstituer un passé idéalisé, mais pour habiter l’entre-deux : l’espace entre ce qu’on a été et ce qu’on est devenu, entre le lieu qu’on a quitté et celui qu’on n’a pas encore trouvé.
Cette posture a une longue généalogie dans la mode conceptuelle. Mais ce qui distingue ROOTS, c’est sa texture émotionnelle. Le déracinement n’est pas ici traité comme une condition abstraite ou un commentaire politique — il est rendu sensible, tissé dans les vêtements eux-mêmes, dans leurs matières, leurs coupes, leur façon de tenir ou de flotter sur le corps.
Anvers comme caisse de résonance
La semaine de la mode d’Anvers accueille chaque saison des propositions qui parient sur l’intelligence du spectateur. ROOTS s’inscrit dans cette tradition : c’est une collection qui demande quelque chose à celui qui la regarde, qui ne se livre pas immédiatement mais s’ouvre progressivement, à mesure que l’on comprend ce qu’elle cherche à dire.
Nadav Perlman s’impose, avec cette collection, comme l’une des voix les plus intéressantes d’une génération de designers qui font de l’identité — toujours fragile, toujours en mouvement — le territoire privilégié de leur création. Dans un printemps-été 2027 qui risque d’être bruyant, ROOTS choisit le registre du murmure. Et c’est, précisément, ce qui le rend audible.

















