National Geographic installe son Musée de l’Exploration à Washington, Rolex en partenaire fondateur

by PASCAL IAKOVOU
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La National Geographic Society vient de rouvrir son siège de Washington sous un nouveau nom, Base Camp, désormais doté d’un musée ouvert au public. Rolex, associée à la Society depuis qu’elle a équipé l’expédition qui a mené au sommet de l’Everest en 1953, y devient donatrice fondatrice et partenaire d’ouverture du musée. Après 70 ans d’expéditions cofinancées, l’alliance prend pour la première fois la forme d’un lieu permanent.

D’une cordée à une façade

Le partenariat remonte à l’ascension d’Edmund Hillary et Tenzing Norgay, premiers hommes à atteindre le sommet du plus haut mont du monde en 1953, équipés par Rolex. L’année suivante, le magazine National Geographic consacre un récit à l’expédition. Ce texte marque le début d’une relation qui traverse depuis les décennies sans interruption documentée. En 2019, elle change d’échelle : elle devient un pilier central de l’Initiative Perpetual Planet de Rolex, un programme qui finance des expéditions scientifiques plutôt que des exploits isolés.

« National Geographic et Rolex sont partenaires depuis plus de 70 ans maintenant. Nous partageons une même volonté d’exploration et d’innovation », résume Ian Miller, Chief Science and Innovation Officer de la National Geographic Society. La formule situe l’accord dans la durée plutôt que dans l’événement — un déplacement qui trouve, en 2026, sa traduction architecturale.

Un bâtiment pensé comme un retour de mission

Base Camp est conçu comme le lieu où les explorateurs affiliés à la Society reviennent après une mission : pour restituer leurs données, se retrouver entre pairs et rencontrer un public plus large. Le musée qui y ouvre, le Museum of Exploration, en est l’extension tournée vers l’extérieur : un espace d’exposition permanent où technologies interactives et dispositifs immersifs présentent le travail des explorateurs de la Society.

Rolex y finance un espace nommé Rolex Explorers Landing, organisé en quatre séquences (Spark, Trek, Purpose, Impact) qui suivent le trajet d’une expédition depuis l’idée initiale jusqu’à ses effets mesurables. On y verra notamment des objets ayant appartenu à des expéditions marquantes, à l’image de la combinaison de plongée pressurisée portée par Sylvia Earle, égérie Rolex, lors de la plus profonde marche sous-marine sans attache jamais réalisée, en 1979. Un second dispositif, le Perpetual Planet Expeditions Reader Rail, diffuse en quasi temps réel les données remontées du terrain par les expéditions Perpetual Planet en cours.

Détail. Le Rolex Explorers Landing se déploie sur quatre séquences fixes (Spark, Trek, Purpose, Impact), qui reproduisent la structure narrative de toute expédition scientifique : de l’intuition qui la déclenche à l’impact qu’elle documente. Parmi les pièces exposées, la combinaison de plongée que Sylvia Earle portait en 1979, lors de la plus profonde marche sous-marine sans attache jamais enregistrée.

Financer l’expédition, puis financer son récit

Ce que Rolex achète, ici, dépasse la visibilité d’un logo sur une paroi de musée. En finançant la scénographie permanente d’un lieu qui raconte ce qu’est l’exploration à un public non spécialiste, la Maison genevoise passe d’un rôle de commanditaire d’expéditions à celui de coauteur de leur mise en récit — un déplacement discret, mais réel, du pouvoir d’interprétation. La sélection des objets exposés, la structure en quatre séquences, la mise en avant de certaines figures plutôt que d’autres : ce sont désormais des choix éditoriaux auxquels une manufacture horlogère est associée par construction.

Ce mode de patronage s’inscrit dans un dispositif plus large. L’Initiative Perpetual Planet, lancée en 2019, réunit aujourd’hui plus de 30 organisations réparties sur trois axes : les océans, avec Mission Blue et Sylvia Earle, ou encore Cristina Mittermeier et Paul Nicklen ; les territoires terrestres, avec le partenariat renforcé avec la National Geographic Society ou les programmes de Rewilding Argentina et Rewilding Chile ; la science, la santé et la technologie, via des lauréats des Rolex Awards comme Andrew Bastawrous ou Miranda Wang. Depuis 2011, Rolex et la Society distinguent chaque année un Rolex National Geographic Explorer of the Year lors du festival annuel des explorateurs de la Society. Le titre 2026 est allé à Krithi K. Karanth, déjà lauréate des Rolex Awards en 2019, pour un programme éducatif contre les conflits entre populations humaines et faune sauvage qui a touché plus de 50 000 enfants en Inde.

« En conservation, on ne peut pas se contenter d’un an de soutien. Il faut construire ces projets dans la durée. Les Perpetual Planet Expeditions, c’est National Geographic et Rolex qui avancent ensemble, et c’est précieux parce que ce sont des projets qui durent trois ou quatre ans », observe Fernando Trujillo, Rolex National Geographic Explorer of the Year 2024 et explorateur de l’expédition Perpetual Planet Amazon.

Le musée fonctionne selon la même logique que les expéditions qu’il expose : un engagement qui ne se limite pas à un exercice budgétaire ponctuel, mais s’inscrit dans un calendrier long. Reste à savoir ce que cette durée produira une fois la scénographie fixée dans les murs — si le Reader Rail continuera d’actualiser le récit à mesure que les expéditions avancent, ou si le musée, comme tant d’autres temples de l’exploration avant lui, finira par raconter une histoire arrêtée à sa date d’inauguration.

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