On ne les remarque pas tout de suite. Ce sont des « charm » — le terme choisi par la Maison pour les qualifier — glissés sur deux silhouettes du défilé Homme Printemps-Été 2027. Des montres portées comme on porterait un bijou discret, un accessoire qui ne cherche pas à s’imposer, mais qui change quelque chose à la lecture du look.
Et pourtant, derrière la sobriété du geste, il y a une ambition horlogère considérable.
La Louis Vuitton Monterey existe depuis 2025, lorsque la Maison la réédita en or jaune, s’inspirant de la toute première montre-bracelet LV : la LV I, avec son cadran en émail Grand Feu et son calibre automatique de manufacture. Mais la Monterey a une histoire plus profonde encore. Son surnom vient des collectionneurs qui la baptisèrent ainsi en référence à la LV II de 1988 — une montre conçue en collaboration avec Gae Aulenti. Cette architecte, qui signa le musée d’Orsay et la Galerie Nationale d’Art Moderne de Rome, avait imaginé un boîtier en forme de galet : organique, chaleureux, à contre-courant des carcans rectangulaires ou ronds qui dominaient l’horlogerie de l’époque.
La nouvelle interprétation en céramique conserve cette mémoire formelle. Deux versions : un vert audacieux — couleur difficile à tenir en céramique, matière capricieuse que peu de manufactures maîtrisent — et un noir brillant d’une élégance souveraine. Le mouvement est de manufacture, LFTMA01.02, automatique. L’ensemble est produit par La Fabrique du Temps Louis Vuitton, l’atelier horloger de la Maison basé à Meyrin.
Ce qui intéresse ici, c’est moins la montre elle-même que le geste de la faire défiler. Depuis quelques saisons, la frontière entre horlogerie et mode s’estompe. Les grandes Maisons présentent leurs garde-temps dans des shows de vêtements, non plus dans les temples climatisés de la haute horlogerie genevoise. C’est une façon de dire que le temps — la mesure du temps, son rapport à la peau et au geste quotidien — fait partie du style autant que la veste ou le soulier.
Dans l’histoire de la LV II, il y avait déjà cette intuition : une architecte invitée à penser une montre. Gae Aulenti n’était pas horlogère. Elle pensait les espaces habités par les corps. La montre qu’elle dessina était un espace à habiter au poignet.
La Monterey Céramique sera disponible à partir du 26 septembre. Elle sera alors dans les boutiques, arrachée au contexte du défilé qui lui a servi de première scène. Mais c’est là, sur la piste, portée en charm sur le poignet d’un mannequin en mouvement, qu’elle aura eu son vrai lancement — dans ce moment précis où mode et horlogerie n’ont plus de frontière.






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