Maison Francis Kurkdjian, le oud comme velours

by Pascal Iakovou
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Le bois de oud est entré dans la parfumerie française comme les épices dans la cuisine de cour : tardivement, avec circonspection, et souvent mal compris. Francis Kurkdjian l’a abordé autrement. Dès 2012, il en a fait un programme de recherche à long terme, non pour l’exotiser, mais pour l’intégrer — au même titre que le vétiver ou le santal — dans ce qu’il appelle sa « palette de parfumeur occidental ».

Oud velvet mood est le troisième volet de cette exploration. Après Oud silk mood, dont la structure évoquait le frottement sec d’une soie sauvage, et Oud satin mood, construit sur une fluidité plus lisse, cette nouvelle création emprunte à la couture son vocabulaire de texture : le velours. La contrainte n’est pas décorative. Elle impose une architecture olfactive précise — un sillage qui doit à la fois envelopper et résister, chaleureux sans être épais.

La composition repose sur un accord dont la logique est documentée : le caractère brut du bois de oud est tempéré par une note de pêche, à laquelle s’ajoutent les facettes cuirées et abricotées de l’osmanthus. L’ensemble produit ce que Kurkdjian appelle un « effet peau » — un sillage charnel que renforce un accord daim. Il l’explique lui-même avec une précision qui tient moins de la communication que de la méthode : « Le bois de oud possède naturellement des facettes fruitées et des accents miellés, que j’ai eu envie d’exacerber dans une nouvelle fragrance, pour révéler les facettes colorées et lumineuses de ce bois si mystérieux. Les notes veloutées de la pêche arrondissent le côté rude du oud sans le dénaturer. »

Il y a dans ce choix une observation plus large sur l’état de la parfumerie contemporaine. Le oud remplit une fonction que d’autres matières n’assurent plus. « À l’heure où les notes animales comme le castoréum ou la civette ont disparu de notre palette, le oud permet d’apporter aux compositions un côté fauve devenu rare », dit-il. Ce que la réglementation IFRA a progressivement retiré aux parfumeurs — cette tension animale, légèrement bestiale — le bois de oud peut en partie le restituer. Non comme substitut chimique, mais comme matière à part entière, avec sa propre complexité.

La forme de l’extrait

Oud velvet mood est un extrait de parfum, la concentration la plus élevée dans la hiérarchie des formulations. Kurkdjian en donne une définition directe : « J’ai toujours considéré que l’extrait de parfum était la forme olfactive ultime d’un parfum, sa quintessence en termes de concentration, d’utilisation des matières nobles, synthétiques comme naturelles. » Le flacon, carré, dérive d’une silhouette conçue à l’origine pour un nécessaire de toilette de voyage : facettes taillées, angles vifs, capot doré monogrammé en contraste avec le verre teinté sombre. Le double « KK » gravé en poinçon-signature.

La collection Oud mood fonctionne ainsi comme un exercice formel répété : même matière première, même créateur, contraintes compositionnelles différentes à chaque volet. Une méthode qui rappelle moins le lancement de parfum que la série en arts visuels — exploration d’un motif jusqu’à en épuiser les possibilités, ou jusqu’à trouver la version qui ne demande plus rien d’autre.

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