Home Horlogerie et JoaillerieMa Première, 1987 : le bracelet interchangeable avant l’heure

Ma Première, 1987 : le bracelet interchangeable avant l’heure

by pascal iakovou
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La montre Ma Première de Maison Poiray a intégré la personnalisation comme principe de construction dès 1987 — trois décennies avant que le secteur horloger en fasse une promesse commerciale.


Il y a des objets dont la pertinence se révèle à retardement. La montre Ma Première, née en 1987 dans les ateliers parisiens de Maison Poiray, en est un exemple assez net. À l’époque, la maison concevait une montre dont le bracelet se retire et se remplace à la main, sans outil, en quelques secondes — un système mécanique de fixation qui permettait de modifier radicalement l’apparence d’un boîtier unique selon le contexte, l’heure, l’humeur.

Le catalogue actuel compte près de 80 bracelets : veau sellier en surpiqûre rose et tangerine, grain de riz en acier doré à l’or 18 carats, macramé, cordon de soie. Boîtiers, cadrans, lunettes et index sont eux aussi interchangeables, ce qui porte le nombre de combinaisons possibles à un chiffre que le dossier ne précise pas mais que la géométrie des choix rend considérable. Ce n’est pas de la personnalisation au sens contemporain — un prénom gravé, une couleur de bande passante — c’est une architecture modulaire pensée dès la conception.


Ma Première en acier et or jaune, cadran argenté, bracelet veau sellier surpiqûre rose et tangerine : 6 950 €. Le bracelet sellier — terminologie empruntée à la maroquinerie — désigne une surpiqûre à deux fils apparents, technique héritée de la bourrellerie, ici appliquée à un cuir de veau sur montre de poignet. Le rapprochement avec le vocabulaire de la sellerie n’est pas anodin : il ancre Ma Première dans une tradition d’artisanat manuel que l’horlogerie emprunte volontiers à la mode.


En 2026, à l’occasion de la Fête des Mères, Maison Poiray repositionne Ma Première comme objet à transmettre — gravable, donc nommable, donc datable. C’est une lecture assez juste de ce que fait un objet modulaire sur le long terme : il accumule des états, des périodes, des personnes. Le bracelet que portait une femme en 1992 peut coexister, dans un même écrin, avec celui que sa fille choisira en 2026.

Ce qui est moins souvent dit, c’est que ce système d’interchangeabilité exige une précision dimensionnelle constante sur trente-neuf ans de production. Un bracelet acheté en 1990 doit s’adapter à un boîtier fabriqué aujourd’hui. Ce niveau de continuité industrielle est, en horlogerie accessible, peu commun.

Ma Première n’est pas une montre de complications. Elle ne vise pas le registre de la haute horlogerie. Mais elle a résolu, il y a presque quarante ans, une question que l’industrie tout entière reformule encore aujourd’hui : comment faire durer un objet sans le figer.

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