Home Food and WineChâteau Angélus dévoile son nouveau chai gravitaire à Saint-Émilion

Château Angélus dévoile son nouveau chai gravitaire à Saint-Émilion

by pascal iakovou
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À Saint-Émilion, la vendange 2026 descendra sept mètres sous terre avant de toucher une cuve. Pas de pompe. Pas de pressoir intermédiaire. Huit ans de conception pour que la physique fasse ce que la machine évite.

Le nouveau chai de Château Angélus, inauguré le 17 avril, part d’un constat agronomique simple : chaque intervention mécanique sur le raisin augmente le risque d’extraction non maîtrisée — amertume des pépins immatures, astringence des rafles mal gérées. La solution adoptée est entièrement gravitaire. Un cuvon mobile sur ascenseur achemine la vendange depuis la surface. Le jus s’écoule ensuite par le poids, sans pompe, selon un circuit pensé parcelle par parcelle.

La forme des cuves organise cette logique. Tronconiques inversées — fond large en haut, pointe en bas — elles maximisent la surface de contact entre les peaux et le jus en début de fermentation, puis permettent une auto-pressurisation naturelle à l’écoulement. Chaque cuvée repose dans sa propre cuve. Le Cabernet Franc, cépage thermosensible, occupe les cuves en béton brut haute densité : le matériau offre une inertie thermique que ni l’acier ni le bois ne reproduisent à cette échelle.

Ces cuves sont suspendues, non posées. Une dalle de béton d’un mètre cinquante d’épaisseur les supporte ; pleines, elles pèsent entre 350 et 400 tonnes. La voûte, sans pilier, couvre vingt-deux mètres libres. Les parois ondulent — non pour l’esthétique, mais pour distribuer les charges latérales sur une surface de portance plus étendue. Trois matériaux en tout : béton brut haute densité, acier inoxydable, chêne massif.


Détail — La maturité des pépins comme critère d’extraction

Hubert de Boüard l’explique : la maturité des pépins commence en juillet, se reconnaît à un goût de noisette. Pépins mûrs, on peut pousser l’extraction sans risquer l’amertume. En 2025, le domaine a testé l’intégration de rafles très mûres, incorporées par strates successives — couche par couche — pour travailler la complexité tannique différemment. Le chai gravitaire rend ces manipulations fines possibles : sans pompe qui malaxe, chaque couche reste distincte.


Le 100 % du CO₂ produit pendant la fermentation sera capté. La consommation d’eau a été repensée dès la conception. Ces contraintes environnementales ne sont pas des ajouts : elles font partie du programme initial, au même titre que le principe gravitaire.

Stéphanie de Boüard-Rivoal, huitième génération à la tête du domaine depuis 2012, formule l’enjeu sans ornement : « Nous conservons du passé les méthodes qui ont fait leur preuve et considérons avec intérêt ce que l’innovation peut apporter de positif ou prometteur, tout en ayant la volonté de préserver le merveilleux biotope dont nous avons la charge. »

Le millésime 2026 sera le premier à naître ici. Il ne portera aucune trace du chai — c’est précisément l’objectif.

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