Eau Parfumée Thé Impérial, la fragrance conçue en 2017 pour les Bvlgari Hotels & Resorts, sort de l’hôtellerie en 2026 pour rejoindre la collection grand public. Ce déplacement de canal est anecdotique. Ce qui mérite attention, c’est la technique d’extraction qui en constitue le cœur.
Le fluide supercritique, ou l’obsession de la fidélité
Le thé noir naturel au centre de cette composition a été isolé par extraction par fluide supercritique — dite SFE, pour Supercritical Fluid Extraction. Le procédé consiste à porter le CO₂ au-delà de son point critique (31,1 °C, 73,8 bars), état dans lequel il se comporte simultanément comme un liquide et un gaz. Ce solvant traverse la matière végétale à basse température, sans chaleur susceptible d’altérer les molécules aromatiques les plus fragiles, puis se volatilise entièrement sans laisser de résidu.
La méthode n’est pas nouvelle : elle est utilisée depuis les années 1980 dans l’industrie pharmaceutique et agroalimentaire pour décaféiner le café ou extraire les huiles de houblon. Son adoption en parfumerie fine reste plus rare, précisément parce qu’elle exige une maîtrise des paramètres de pression et de température que les procédés d’entraînement à la vapeur ou d’enfleurage ne requièrent pas. Elle permet en revanche de capturer ce que l’on appelle le « profil naturel complet » d’une matière — ses nuances les plus volatiles, souvent perdues lors d’une distillation classique.
Trente ans d’un même sujet
Jacques Cavallier a commencé à travailler sur le thé pour Bvlgari en 1992, avec Eau Parfumée au Thé Vert — premier essai documenté de capture olfactive du thé vert dans une fragrance commerciale. En 2003, Eau Parfumée au Thé Blanc approfondit la même recherche sous sa direction. Thé Impérial constitue le troisième chapitre de cette exploration sur trois décennies, avec un matériau différent — le thé noir — et une technique d’extraction qu’il n’avait pas utilisée pour les deux précédentes formulations.
L’architecture aromatique qui entoure cet extrait de thé noir mobilise trois agrumes italiens : citron, mandarine et bergamote. Cette dernière — qui porte dans Thé Impérial des facettes vertes, florales et orangées — est également le sujet de l’illustration botanique dessinée à la main qui figure sur l’étiquette en fibres de chanvre naturel. Le flacon, lui, reprend la silhouette de la ligne Eau Parfumée, dont la forme s’inspire des colonnes romaines, avec une incrustation dorée craquelée qui cite la tradition céladon chinoise — glaçure céramique dont la craquelure est le signe distinctif depuis la période Song (960–1279).
La fragrance contient 92 % d’ingrédients d’origine naturelle, calculés selon la norme ISO 16128 — un référentiel qui inclut l’eau dans son calcul, ce qui invite à lire ce chiffre avec précision plutôt qu’avec enthousiasme.
La question que pose Thé Impérial — peut-on fixer chimiquement une matière aussi volatile et composite que le thé noir sans la trahir ? — n’a pas de réponse dans ce dossier. Elle s’ouvrira, comme souvent, à l’usage.













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