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RIMOWA Design Prize 2026 : sept projets finalistes pour repenser la mobilité

by pascal iakovou
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Chez RIMOWA, le voyage n’a jamais été seulement une affaire de bagage. Depuis ses valises en aluminium nervuré devenues icônes modernes, la Maison allemande a toujours envisagé le mouvement comme une discipline : une question de structure, de matière, d’usage et de durée. Avec la quatrième édition du RIMOWA Design Prize, cette vision se déplace vers une nouvelle génération de designers, appelée non pas à dessiner de simples objets, mais à imaginer des solutions capables d’accompagner les fragilités du monde contemporain.

Créé en 2023, le RIMOWA Design Prize s’adresse aux jeunes talents issus d’écoles de design allemandes. Son ambition dépasse largement le cadre d’un concours étudiant. Il s’agit d’un laboratoire d’idées, porté par une Maison dont l’histoire est liée à l’innovation industrielle, mais aussi à cette esthétique de la précision qui appartient profondément à la culture du design allemand. Depuis son lancement, l’initiative a pris de l’ampleur : le réseau initial de 15 universités participantes s’étend désormais à plus de 40 institutions, confirmant la place du prix dans le paysage du design contemporain en Allemagne.  

Pour cette édition 2026, 21 projets semi-finalistes ont été accompagnés par des figures majeures de la scène design internationale. Sept d’entre eux accèdent aujourd’hui à la finale, qui se tiendra le 11 mai à Berlin. Les projets seront évalués par un jury de neuf experts selon quatre critères : créativité, globalité, ingéniosité et intemporalité. À l’issue des présentations, un projet lauréat recevra 20 000 euros, tandis qu’une mention spéciale sera récompensée par 10 000 euros. Les autres équipes finalistes recevront chacune 5 000 euros.  

Ce qui frappe dans cette sélection, c’est la manière dont la mobilité y devient un prétexte à interroger presque tout : l’écologie, le soin, l’urgence, la solitude, la communication, le mobilier, l’agriculture. RIMOWA ne réduit pas la mobilité au déplacement physique. Elle l’élargit à la capacité de circuler entre les milieux, les situations, les vulnérabilités. Une lecture très actuelle du design, où la beauté n’est plus dissociée de l’utilité, et où l’objet désirable doit aussi savoir répondre à une tension réelle.

Parmi les finalistes, Niklas Henning, de la Hochschule Magdeburg-Stendal, présente Paludi Harvester, accompagné par Stefan Daniel. Le projet s’attaque à un enjeu environnemental précis : restaurer les tourbières tout en maintenant une forme de productivité agricole. Deux machines coordonnées permettent de récolter le roseau cultivé sur ces zones humides, puis de le transformer en bottes et ballots standardisés. Pensé pour fonctionner durant des fenêtres de récolte très courtes, dans des conditions de gel, le système associe efficacité, protection des écosystèmes fragiles et réduction de la pénibilité pour les travailleurs.

Valerio Sampognaro, de la HFBK Hamburg, propose Aerodomestics, sous le mentorat de Farah Ebrahimi. Ici, le design domestique se déleste de sa masse. Inspirés par les cerfs-volants et les équipements de camping, ces meubles légers sont construits à partir de tubes d’aluminium et de tissus tendus plutôt que de panneaux pleins. Le projet explore une question discrète mais essentielle : comment produire moins de matière sans renoncer à la solidité ni à l’usage ? L’emploi de voiles de cerf-volant recyclées ajoute à la fois une logique de ressources et une identité visuelle singulière.

Avec A.R.C., Tobias Kremer et Yannick Stilgenbauer, de la Hochschule der Bildenden Künste Saar, accompagnés par Konstantin Grcic, abordent la question des situations de crise. Leur Adaptive Resilient Cooler est une solution de refroidissement autonome destinée aux médicaments et aliments lorsque les infrastructures s’effondrent lors de catastrophes naturelles ou de crises. L’objet, léger, gonflable et à double paroi, utilise le refroidissement par évaporation, l’isolation optimisée, des matériaux simples comme la pierre ponce ou la brique brisée, ainsi qu’une ventilation gravitaire. Le design y devient une forme d’intelligence de survie.

Nicolas Nielsen, de la Bauhaus-Universität Weimar, présente HyVe, guidé par Matylda Krzykowski. Cette ruche autonome et mobile vise à restaurer des écosystèmes fragmentés en facilitant le déplacement de populations d’abeilles entre espaces verts. Le projet réactive la tradition historique du transport de ruches tout en plaçant le bien-être des abeilles au centre du dispositif. Son enveloppe vivante, capable de soutenir la mousse et de collecter l’humidité, répond à la nécessité d’hydratation, tandis que la propulsion à hydrogène permet une circulation sans émissions nocives.

La sécurité des secours est au cœur de Compassion Aid, développé par Tim Kipper et John Roller, de la Hochschule für Gestaltung Schwäbisch Gmünd, avec le mentorat de Clemens Poloczek. Pensé en collaboration avec des ambulanciers, ce système mobile discret intègre caméra, microphone, capteur de CO₂ et éclairage afin d’aider à la désescalade et à la réponse rapide dans des situations à risque. Son interface tactile intuitive permet aux secours d’activer l’assistance rapidement, ajoutant une couche de protection à des métiers de première ligne de plus en plus exposés.

Également issue de la Hochschule für Gestaltung Schwäbisch Gmünd, l’équipe composée de Samuel Nagel et Paul Feiler présente NURA, accompagnée par Tim Richter. Conçu comme un bracelet élégant, NURA ambitionne de faciliter la communication entre personnes sourdes et entendantes. Le dispositif traduit la langue des signes en langage parlé grâce à des capteurs EMG captant l’activité musculaire de l’avant-bras, tandis qu’une caméra intégrée analyse les expressions faciales pour affiner l’interprétation. Les paroles sont retranscrites pour les utilisateurs sourds via une interface tactile à points. Inspiré par la silhouette fluide d’une raie manta, l’objet transforme l’assistance technologique en accessoire raffiné.

Enfin, Jakob Schlenker, lui aussi étudiant à la Hochschule für Gestaltung Schwäbisch Gmünd, présente PIP sous le mentorat de Hanne Willmann. Pensé pour lutter contre la solitude des personnes âgées, ce compagnon portable s’inspire de la forme d’un petit oiseau chanteur. Par de subtils gazouillis, il encourage les utilisateurs à sortir marcher. Lorsque deux personnes équipées de PIP se rencontrent, les dispositifs produisent un son partagé, ouvrant la possibilité d’une conversation sans pression sociale. À domicile, une station en forme de nid accueille un assistant vocal IA capable d’aider à organiser des rencontres et à gérer les paramètres.

Le jury 2026 réunit Alexandre Arnault, chairman de RIMOWA, et Hugues Bonnet-Masimbert, CEO de RIMOWA, en tant que jurés honoraires, aux côtés de Stefan Daniel, vice-président Photo & Design chez Leica Camera AG ; Farah Ebrahimi, partner & art director chez e15 ; Konstantin Grcic, fondateur de Konstantin Grcic Design ; Matylda Krzykowski, praticienne transdisciplinaire et directrice artistique de CIVIC ; Clemens Poloczek, fondateur et creative director d’ignant ; Tim Richter, head of industrial design chez Siemens Healthineers ; et Hanne Willmann, fondatrice de Studio Hanne Willmann.  

À travers cette sélection, le RIMOWA Design Prize affirme une idée très nette du design : non pas une esthétique appliquée à la surface des choses, mais une manière de rendre le monde plus praticable. Les projets finalistes partagent une même élégance fonctionnelle, parfois fragile, parfois radicale, toujours attentive à l’usage. À Berlin, le 11 mai, il ne s’agira donc pas seulement de désigner un lauréat. Il s’agira de reconnaître ce que le design peut encore faire de plus précieux : donner une forme au mouvement, mais aussi à la réparation.

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