Home Horlogerie et JoaillerieRolex Awards 2026 : cinq trajectoires pour redéfinir l’engagement

Rolex Awards 2026 : cinq trajectoires pour redéfinir l’engagement

by pascal iakovou
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Cinquante ans après la création d’un programme né pour accompagner l’exploration, la Maison Rolex déplace son centre de gravité. Non plus découvrir, mais préserver. L’annonce des cinq lauréates 2026 cristallise cette évolution : cinq profils, cinq terrains, une même question — comment inscrire l’action individuelle dans une écologie systémique.

Les cinq lauréates sont toutes des femmes, issues d’Indonésie, du Nigeria, du Pérou, de Chine et des États-Unis. Une cartographie qui n’est pas symbolique mais opératoire, chaque projet étant ancré dans un territoire précis et une problématique locale.

Le programme, fondé en 1976 pour marquer le cinquantième anniversaire de l’Oyster — première montre-bracelet étanche — a accompagné cent soixante-cinq lauréats dans plus de soixante-sept pays. Les chiffres, détaillés en page deux, donnent l’échelle : plus de cinquante millions d’arbres plantés, cent trente-sept espèces menacées protégées, trente-deux écosystèmes majeurs préservés, dont cinquante-sept mille six cents kilomètres carrés de forêt amazonienne.

Mais au-delà de l’accumulation, c’est la nature des projets qui évolue. Binbin Li, en Chine, travaille sur la cohabitation entre élevage et habitat du panda géant, dont la population sauvage reste inférieure à deux mille individus. Le projet ne se limite pas à la conservation : il articule économie locale et biodiversité, en repensant les pratiques de pâturage.

En Indonésie, Farwiza Farhan intervient dans l’écosystème de Leuser, dernier espace où coexistent éléphants, tigres, orangs-outans et rhinocéros à l’état sauvage. Son approche repose sur la mobilisation des communautés locales et la structuration de réseaux de surveillance territoriale.

La dimension technologique apparaît avec Pardis Sabeti. Généticienne médicale, elle développe des outils de détection précoce des virus en Afrique de l’Ouest, avec un dispositif portable destiné à des zones isolées. Ici, la prévention se joue à l’échelle du diagnostic, dans une logique d’anticipation des pandémies.

Au Nigeria, Rachel Ikemeh construit un modèle de conservation communautaire dans le delta du Niger. Son travail a permis de protéger plus de cinq mille huit cent trente-neuf hectares de forêt et au moins treize espèces menacées, tout en impliquant directement les populations locales.

Enfin, au Pérou, Rosa Vásquez Espinoza établit un lien scientifique entre déforestation et déclin des abeilles sans dard, pollinisateurs essentiels des espèces endémiques. Sa recherche a contribué à une décision juridique reconnaissant la protection — et même les droits — de ces insectes.

Ce qui relie ces projets n’est pas seulement leur finalité environnementale. C’est leur structure : chacun opère à l’intersection de plusieurs systèmes — écologique, économique, social, scientifique. Le geste n’est plus isolé ; il devient infrastructure.

Dans ce cadre, la transformation du programme lui-même est révélatrice. Rebaptisé « Rolex Awards », il passe d’un rythme biennal à annuel et s’inscrit dans l’initiative Perpetual Planet, lancée en 2019. L’objectif n’est plus uniquement de récompenser, mais d’accompagner sur le long terme, via un réseau d’experts et de partenaires.

Pour une Maison horlogère, le déplacement est notable. Le temps, historiquement mesuré, devient ici un horizon à protéger. Non plus la précision d’un mécanisme, mais la continuité d’un écosystème.

Reste à observer comment cette logique s’inscrit dans la durée. Car dans un secteur où l’engagement environnemental est souvent narratif, la question n’est plus celle de la promesse, mais de la capacité à produire des effets mesurables.

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