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Rolex, Coral Gardeners et Sylvia Earle : restaurer les récifs comme un geste de transmission

by pascal iakovou
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Sous la surface, l’urgence n’a rien d’abstrait. Dans le golfe de Thaïlande, autour de Koh Mak et Koh Kood, les récifs coralliens portent les signes visibles d’un réchauffement qui ne se raconte plus seulement en chiffres. Blanchissement, perte de biodiversité, fragilisation des communautés côtières : le paysage marin devient un indicateur avancé de ce qui se joue plus largement dans les océans. C’est là que l’Initiative Perpetual Planet de Rolex réunit deux figures de générations différentes : Sylvia Earle, fondatrice de Mission Blue, et Titouan Bernicot, fondateur de Coral Gardeners.  

Le sujet pourrait sembler éloigné de l’horlogerie. Il ne l’est pas tant que cela. Rolex a longtemps accompagné l’exploration comme conquête, puis comme connaissance. Depuis 2019, avec l’Initiative Perpetual Planet, la Maison inscrit cette histoire dans un autre régime : non plus seulement aller voir plus loin, plus profond, plus haut, mais soutenir celles et ceux qui cherchent à préserver les milieux observés. L’initiative compte aujourd’hui plus de trente partenaires, structurés autour de trois axes : océans, paysages, science, santé et technologie.   Rolex présente officiellement cette évolution comme un passage de l’exploration à la protection de la planète.  

En Thaïlande, cette logique prend une forme concrète. Coral Gardeners y a ouvert sa troisième antenne, après la Polynésie française et Fidji. L’organisation travaille désormais sur deux îles de la province de Trat, Koh Mak et Koh Kood, avec une équipe locale formée pour développer la restauration corallienne. Le dossier média Rolex précise que le golfe de Thaïlande abrite plus de 300 espèces de coraux, mais que la région a récemment connu certains des épisodes de blanchissement les plus sévères de la planète.  

La méthode de Coral Gardeners repose sur une idée simple dans son principe, exigeante dans son exécution : collecter des fragments de coraux résistants, les faire grandir en nurserie, les replanter sur les récifs dégradés, puis suivre leur croissance et leur impact écologique. Depuis son lancement en 2017, l’organisation a planté plus de 200 000 coraux en nurseries et sur récifs. Elle développe aussi des outils utilisant l’intelligence artificielle pour améliorer le suivi et la conservation des récifs.  

Le contact sheet photographique fourni par Rolex donne à ce travail une matérialité précise. On y voit les structures sous-marines où les coraux sont suspendus, les fragments préparés dans la nurserie terrestre, les gestes de sélection et de fragmentation, mais aussi la présence de Sylvia Earle et Titouan Bernicot sur le terrain, entre plongée, observation et transmission. Les images prises par Tim McKenna montrent une conservation qui n’a rien d’un concept lointain : des mains, des cordages, des boutures, des équipes locales, des plongées répétées.  

La nouvelle antenne thaïlandaise marque aussi un changement d’échelle. Le dossier média indique que la nurserie terrestre de Coral Gardeners en Thaïlande est la première de l’organisation, et la plus grande de ce type en Asie du Sud-Est avec le soutien de l’Initiative Perpetual Planet. Elle pourra accueillir jusqu’à 40 bassins et faire croître jusqu’à 50 000 coraux, tandis que les nurseries océaniques permettront de produire plus de 10 000 coraux par an.   Le contact sheet mentionne également 82 structures de nurseries océaniques et une capacité prochaine de plus de 25 000 coraux par an, signe d’un dispositif déjà engagé dans une phase d’extension.  

La présence de Sylvia Earle donne à cette opération une dimension plus large. Océanographe, fondatrice de Mission Blue en 2009, Rolex Testimonee depuis 1982, elle a passé plus de 7 500 heures sous l’eau, mené plus de cent expéditions et découvert des milliers d’espèces marines. Avec le soutien de Rolex depuis 2014, le nombre de Hope Spots est passé de 50 à plus de 160, couvrant au total 55 millions de kilomètres carrés d’océan.   Mission Blue définit les Hope Spots comme des zones marines scientifiquement identifiées comme essentielles à la santé de l’océan.  

Koh Mak et Koh Kood pourraient devenir le premier Hope Spot de Mission Blue en Thaïlande. L’équipe de Coral Gardeners a entamé le processus de candidature après les encouragements de Sylvia Earle. Une telle reconnaissance ne garantit pas à elle seule la protection effective d’un territoire marin, mais elle agit comme un levier : visibilité, mobilisation locale, attention scientifique, pression positive sur la gouvernance. Rolex souligne que cette désignation renforcerait les chances de voir les eaux concernées mieux protégées.  

Ce qui frappe ici, au-delà des chiffres, c’est le passage entre deux cultures de l’océan. Sylvia Earle incarne l’âge héroïque de l’exploration scientifique, celui des grandes plongées, des découvertes, de la documentation des mondes invisibles. Titouan Bernicot appartient à une génération pour qui l’exploration ne suffit plus. Dans le dossier photographique, il formule ce basculement avec netteté : sa génération ne peut plus seulement explorer, elle doit trouver des solutions.  

Ce changement de paradigme touche aussi le luxe. Pour une Maison comme Rolex, le prestige ne se joue plus uniquement dans la précision mécanique, l’histoire sportive ou la maîtrise industrielle. Il se joue dans la capacité à inscrire son influence dans des engagements lisibles, durables, vérifiables. L’Initiative Perpetual Planet n’est pas une campagne de circonstance : elle prolonge une relation ancienne entre la Maison, les explorateurs et les milieux extrêmes. Mais elle déplace le récit vers une question plus contemporaine : que faire de cette connaissance du monde lorsque le monde se dégrade ?

La réponse, ici, tient dans une image presque silencieuse : un fragment de corail fixé à une structure, attendant de reprendre vie. Rien de spectaculaire. Rien d’immédiat. Un geste lent, répété, mesuré. À l’échelle d’un récif, la restauration est une affaire de patience. À l’échelle d’une Maison, c’est peut-être aussi cela, la cohérence : soutenir le temps long lorsqu’il ne produit pas seulement de la valeur, mais les conditions mêmes de la vie.

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