Il y a, chez Officina Profumo-Farmaceutica di Santa Maria Novella, une manière très florentine de considérer le parfum : non comme un simple sillage, mais comme une mémoire botanique organisée. Avec l’arrivée d’Acqua et Quercia en Gel de Bain et Crème Corporelle Fluide, la collection I Giardini Medicei quitte l’instant de l’Eau de Parfum pour rejoindre un territoire plus intime, celui du rituel quotidien.
Lancée dans ses déclinaisons corporelles en 2024 avec Bizzarria, L’Iris, Magnolia et Gelsomino, la ligne accueille désormais deux nouvelles écritures olfactives. Acqua et Quercia rejoignent ainsi la collection sous deux formes : un Gel de Bain formulé avec des tensioactifs d’origine végétale, destiné à nettoyer la peau tout en respectant son équilibre naturel, et une Crème Corporelle Fluide composée sur une base d’huiles et de beurres végétaux, pensée pour laisser la peau souple et lisse.
Le geste paraît simple. Il ne l’est pas tout à fait. Transformer une Eau de Parfum en soin corporel suppose de préserver une structure olfactive tout en l’adaptant à une matière vivante : la peau, l’eau, la chaleur du bain, le temps d’absorption d’une crème. Dans le communiqué, la Maison insiste sur cette continuité : chaque déclinaison conserve le caractère distinctif de l’Eau de Parfum correspondante, mais dans des textures pensées pour un usage quotidien. Le parfum n’est plus seulement porté ; il accompagne un protocole plus discret, presque domestique.
I Giardini Medicei puise son origine dans les jardins cultivés sous le patronage des Médicis, lorsque Florence faisait de la botanique une forme de connaissance, de collection et de prestige. La page officielle de Santa Maria Novella présente cette collection comme une exploration des essences et raretés botaniques qui peuplaient les jardins médicéens, avec huit Eaux de Parfum pensées comme des récits olfactifs contemporains. Cette référence à la Renaissance n’a d’intérêt que si elle dépasse l’imagerie décorative. Ici, elle rappelle que le jardin fut longtemps un laboratoire : lieu d’acclimatation, d’observation, de circulation des plantes et des usages.
Acqua et Quercia prolongent cette lecture par deux imaginaires presque opposés. Acqua évoque l’élément mobile, clair, traversant ; Quercia, le chêne, introduit une verticalité plus boisée, plus protectrice. La page officielle française de la collection décrit Quercia à travers l’image d’un jardin où la lumière filtre à travers les branches de chênes centenaires, avec des notes « chaudes et enveloppantes ». Cette description, débarrassée de sa part lyrique, dit surtout une chose : la collection ne s’intéresse pas seulement aux fleurs, mais à l’architecture végétale d’un jardin, à ses ombres, à ses troncs, à ses circulations d’air.
Ce déplacement vers le soin du corps s’inscrit naturellement dans l’histoire de Santa Maria Novella. L’Officina revendique des racines florentines remontant à 1221, liées au couvent dominicain de Santa Maria Novella, et se présente aujourd’hui comme l’une des plus anciennes pharmacies encore en activité dans les lieux de son origine. Avant d’être une maison de parfum au sens contemporain, Santa Maria Novella fut un lieu de préparations, de plantes, de distillation et d’usage. Les gels de bain et crèmes corporelles ne constituent donc pas une extension opportuniste ; ils renouent avec une logique ancienne, celle d’une parfumerie appliquée au corps dans sa dimension quotidienne.
La formule du Gel de Bain, avec des tensioactifs d’origine végétale, privilégie une mousse légère au contact de l’eau, utilisable au bain comme à la douche. La Crème Corporelle Fluide, elle, repose sur des huiles et beurres végétaux, avec une texture qui s’absorbe uniformément. Ces éléments méritent d’être pris au sérieux parce qu’ils structurent l’expérience. Une fragrance dans le bain n’a pas le même comportement que sur un poignet. Elle se dilue, se vaporise autrement, s’inscrit dans la vapeur, puis disparaît ou demeure par traces. Une crème, à l’inverse, fixe davantage la relation entre peau et parfum.
Dans un marché où le corps est souvent réduit à une promesse d’hydratation immédiate ou à une extension commerciale d’un parfum, Santa Maria Novella choisit une voie plus cohérente : prolonger un récit botanique existant par des textures sobres. L’objet n’est pas spectaculaire. Il demande plutôt une attention à la répétition : le matin, après la douche, avant de s’habiller ; ou le soir, lorsque le parfum n’a plus besoin de se projeter, mais seulement d’habiter la peau.
C’est peut-être là que se trouve la justesse de ces deux ajouts. Acqua et Quercia ne cherchent pas à élargir artificiellement un univers ; ils donnent à I Giardini Medicei une durée plus longue dans la journée. Le jardin médicéen n’est plus seulement une image de Renaissance. Il devient un geste court, une mousse, une crème, une surface de peau. Un luxe très ancien, finalement : prendre le temps d’un soin sans le transformer en déclaration.






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