Home Food and WinePerrier-Jouët x Marcin Rusak : quand le champagne devient un manifeste vivant de biodiversité

Perrier-Jouët x Marcin Rusak : quand le champagne devient un manifeste vivant de biodiversité

by pascal iakovou
0 comments

Le vin n’est plus seulement une matière à goûter. Il devient un territoire à représenter. Avec cette édition de Perrier-Jouët Blanc de Blancs, la Maison Perrier-Jouët confie à Marcin Rusak la surface la plus visible de son identité — la bouteille — pour y inscrire une lecture du vivant.

Rusak n’est pas un illustrateur au sens strict. Formé à la Design Academy Eindhoven puis au Royal College of Art, il développe depuis plusieurs années un travail sur les matériaux organiques, où les résidus botaniques deviennent structure. Ici, il revient à une forme plus plane : un dessin inspiré de l’herbier, composé d’un trio de plantes présentes dans le vignoble champenois.  

Le choix n’est pas décoratif. Les végétaux représentés ne sont pas isolés mais entremêlés, suivant une logique d’interdépendance. Cette composition traduit un principe agronomique : la vigne n’est pas un système autonome mais un équilibre entre espèces, sols et micro-organismes. La bouteille devient ainsi un schéma, presque didactique, de l’écosystème champenois.

Cette lecture rejoint les expérimentations menées par Perrier-Jouët depuis 2021 sur vingt-huit hectares de vignoble, où sont testées des pratiques de viticulture régénératrice visant à restaurer la structure des sols et la biodiversité.   L’objet graphique agit alors comme un prolongement visuel d’une transformation agricole en cours.

Le choix du support n’est pas neutre. Blanc de Blancs, créé en 2017, repose exclusivement sur le Chardonnay, cépage central dans l’identité de la Maison fondée en 1811.   Un raisin qui, dans ce contexte, devient presque un médium : vecteur d’un style, mais aussi d’un discours sur le territoire.

Détail

Cépage : Chardonnay
Profil aromatique : pivoine, chèvrefeuille, agrumes (citron, pamplemousse), poire blanche
Structure : attaque vive, minéralité marquée, finale ronde
Expression visuelle : robe dorée aux reflets verts, bulles fines  

La cohérence avec l’héritage Art nouveau de la Maison est tangible. Depuis Émile Gallé, dont l’anémone japonaise orne les flacons Perrier-Jouët, la nature n’est pas seulement un motif mais un vocabulaire formel. Rusak prolonge cette tradition, mais en la déplaçant : du décor vers le système.

Ce déplacement est peut-être le point le plus contemporain de cette pièce. Là où l’Art nouveau stylisait le végétal, Rusak le recontextualise. Là où le décor isolait la fleur, il restitue le réseau. Le regard quitte l’esthétique pour rejoindre l’écologie.

On pourrait y voir une évolution plus large du luxe viticole. Moins centré sur la rareté affichée que sur la capacité à produire du sens — technique, agricole, culturel. La bouteille cesse d’être un contenant pour devenir une surface de réflexion.

Reste une question ouverte : jusqu’où ces objets peuvent-ils traduire, sans simplifier, la complexité du vivant qu’ils prétendent représenter.

Cette publication est également disponible en : English (Anglais)

Related Articles