









Il existe des matériaux que l’industrie de la mode emprunte à d’autres mondes sans jamais vraiment les assumer. Le néoprène en fait partie. Inventé en 1930 par DuPont pour les combinaisons de plongée, adopté par les surfeurs, intégré dans quelques collections sportswear des années 1990, il reste un tissu que l’on justifie plutôt qu’on ne revendique. DAVii, label émergent soutenu par le programme Portugal Fashion, choisit pour sa collection Automne/Hiver 2026/27 de ne plus s’excuser.
La proposition s’appelle The Black Architecture. Le titre est programmatique : il ne décrit pas une ambiance, il annonce une méthode. Le néoprène haute densité retient ce que la plupart des tissus refusent de retenir — sa forme. Là où un lainage cède au poids du corps, là où une toile s’adapte au mouvement, le néoprène mémorise. Il enregistre la coupe, la maintient, produit entre le vêtement et la peau un espace qui ne disparaît pas en portant. C’est cette propriété précise — la shape memory — que DAVii place au centre de sa collection, non comme contrainte technique à surmonter, mais comme langage à exploiter.
Les coutures thermosoudées remplacent ici la couture traditionnelle. L’assemblage par chaleur, utilisé dans l’équipement de sport et la sellerie automobile, supprime l’épaisseur du fil et l’aspérité du point. Les jonctions deviennent des lignes. Les lignes deviennent des arêtes. Le total black — seule couleur de la collection — ne renvoie pas à un arbitrage esthétique mais à une nécessité de lecture : sans la couleur pour distraire, la lumière révèle exclusivement le volume, le creux, la tension des surfaces. Une pièce noire en néoprène haute densité n’absorbe pas la lumière de façon uniforme. Elle la sculpte.
Détail
Le néoprène haute densité présente une résistance à la déformation supérieure à celle des tissus tissés traditionnels. Sa structure en polychloroprène expansé lui confère une mémoire élastique : comprimé, il revient à sa forme initiale. Cette propriété, utilisée en protection industrielle et en sport de glisse, devient ici un principe de construction — les silhouettes en coque (shell silhouettes) doivent leur tenue non à la doublure ni à l’entoilage, mais à la matière elle-même.
DAVii s’inscrit dans une tradition européenne d’avant-garde technique dont les représentants les plus documentés sont Hussein Chalayan — qui fit flotter des robes en fibre de verre sur un podium en 2000 — ou Issey Miyake, dont les recherches sur le plissé permanent ont redéfini la relation entre textile et corps. La comparaison situe, elle n’élève pas. Un créateur émergent, cofinancé par les fonds européens Portugal 2030, qui choisit d’emblée un matériau industriel comme unique registre expressif ne cherche pas la validation immédiate du marché. Il construit une grammaire.
Ce que The Black Architecture pose comme question — jusqu’où un vêtement peut-il être une architecture avant de cesser d’être un vêtement ? — mérite d’être suivie au-delà d’une saison.

