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Hendrick’s, ou la construction d’un second pilier dans le gin contemporain

by pascal iakovou
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Avec Another Hendrick’s, la Maison écossaise ne propose pas une variation, mais une duplication maîtrisée de son propre langage. Même structure, autre accent. Une manière de stabiliser un territoire devenu concurrentiel.


Il y a dans l’histoire récente du gin un paradoxe discret : une catégorie construite sur la variation permanente — nouvelles botaniques, éditions saisonnières, signatures aromatiques — cherche aujourd’hui à ralentir.

Another Hendrick’s s’inscrit dans ce basculement. La pièce reprend l’architecture fondatrice de la Maison : deux distillats issus de deux alambics distincts, ensuite assemblés selon un protocole inchangé depuis l’origine. Le socle reste identique — onze botaniques, une base structurée autour du genièvre, prolongée par les infusions de rose et de concombre.

Ce qui change tient dans une intervention précise : l’ajout de fleur d’oranger et de fèves de cacao. Non pas comme signature dominante, mais comme modulation. La première introduit une acidité florale, la seconde une texture plus dense, presque tactile.

La logique n’est pas additive, mais architecturale.


Ce déplacement aromatique dit quelque chose d’un moment de marché. En France, près de trois quarts de la valeur du gin proviennent désormais du segment premium. Autrement dit : la croissance ne vient plus de la découverte, mais de la consolidation.

Dans ce contexte, Hendrick’s ne cherche pas à surprendre par rupture. La Maison installe une continuité élargie. Deux expressions, un même langage. L’une devient la référence historique, l’autre une variation permanente.

Une stratégie plus proche de l’horlogerie que des spiritueux.


La parole de Lesley Gracie, Master Distiller, éclaire ce point :
« L’association de la fleur d’oranger et des fèves de cacao est volontairement inhabituelle, mais elle reste profondément Hendrick’s. »

Tout est là. L’enjeu n’est pas l’originalité, mais la cohérence.

Dans le verre, cela se traduit par une progression lisible : attaque sur un genièvre net, relais floral, puis une installation progressive du cacao torréfié qui structure la longueur. La texture est décrite comme soyeuse, ce qui, en termes techniques, suppose une gestion précise de la distillation et de l’intégration des composés aromatiques lourds.

Détail
Double distillation : deux alambics distincts produisent des profils aromatiques complémentaires avant assemblage.
Botaniques : onze ingrédients structurants, auxquels s’ajoutent rose et concombre.
Nouvelle inflexion : fleur d’oranger (acidité florale), cacao (structure et longueur).
Degré : 41,4 % vol.

Reste l’objet lui-même. La bouteille blanche, en rupture avec le verre sombre historique, agit comme un signal de lecture immédiat. Non pas un geste esthétique gratuit, mais un outil de cohabitation en rayon et en bar. Deux silhouettes, un contraste, une reconnaissance instantanée.

Le design devient ici un prolongement de la stratégie industrielle.


Ce lancement intervient après neuf années sans innovation permanente. Ce délai n’est pas anodin. Il correspond à une phase où la Maison a consolidé son statut — près d’un tiers de part de marché sur le segment super premium en distribution française.

Autrement dit, la légitimité précède l’expansion.


Ce que révèle Another Hendrick’s, au fond, dépasse la simple question du goût. Le gin, longtemps terrain d’expérimentation, entre dans une logique de répertoire. Les Maisons ne cherchent plus seulement à créer, mais à organiser.

Deux expressions. Un système.

La suite dira si cette discipline nouvelle deviendra la norme d’un secteur qui, jusqu’ici, avait fait de l’instabilité sa signature.

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