Home Food and WineColine Doussin au Saint James Paris, ou la précision du dessert comme langage

Coline Doussin au Saint James Paris, ou la précision du dessert comme langage

by pascal iakovou
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Dans la salle feutrée du restaurant Bellefeuille, au sein du Saint James Paris, le dessert n’apparaît pas comme une conclusion. Il agit plutôt comme une reprise, un dernier mouvement où se condensent matière, saison et mémoire du repas. C’est dans cet espace que s’inscrit le travail de Coline Doussin, récemment distinguée par le Prix Passion Dessert du Guide Michelin 2026 .

Créé en 2019, ce prix met en lumière les pâtissiers de restaurants dont les propositions sucrées s’inscrivent dans une démarche aussi structurée que celle de la cuisine salée. Il consacre ici une approche qui refuse l’effet pour privilégier l’équilibre, la lecture du produit et une forme de retenue technique.

Arrivée au Saint James Paris en mars 2024, Coline Doussin développe une écriture qui s’éloigne des constructions spectaculaires pour revenir à des compositions lisibles. À vingt-sept ans, son travail s’organise autour du produit brut, de la saison et de variations aromatiques précises. Fruits, herbes, épices ou poivres deviennent des éléments de structure plutôt que de simple décoration.

Son parcours éclaire cette posture. Originaire de Lambesc, près d’Aix-en-Provence, elle découvre la pâtisserie à quinze ans lors d’un stage auprès de Patrick Nice. Elle se forme ensuite à Ferrandi Paris, puis traverse plusieurs maisons où la rigueur technique reste centrale : Park Hyatt Paris Vendôme, Maison Pic***, restaurant Edem*. Elle poursuit au Cheval Blanc Paris avant de rejoindre l’Auberge Nicolas Flamel, aux côtés de Grégory Garimbay, avec qui elle travaille aujourd’hui au Saint James Paris .

Cette continuité explique la cohérence entre cuisine et pâtisserie observée chez Bellefeuille. Le dessert s’inscrit dans une logique d’ensemble, où l’intensité aromatique est pensée en dialogue avec le repas.

Un exemple précis permet de comprendre cette méthode : la poire comice, travaillée en plusieurs textures. Le fruit est associé au cascara — enveloppe séchée de la cerise de café — qui introduit une amertume légère et une dimension tannique. Une brioche traitée comme un pain perdu apporte densité et chaleur, tandis qu’un sorbet poire agit comme contrepoint, ramenant fraîcheur et netteté. L’ensemble ne repose pas sur l’accumulation mais sur une tension entre douceur et structure .

Le sucre, dans cette approche, n’est jamais dominant. Il est contenu dans le produit lui-même, extrait du fruit plutôt qu’ajouté. Cette économie transforme la perception du dessert : il ne sature pas, il prolonge.

La reconnaissance du Guide Michelin vient ainsi souligner une évolution plus large. Depuis plusieurs années, la pâtisserie de restaurant s’éloigne du registre démonstratif pour se rapprocher d’un langage culinaire à part entière. Le travail de Coline Doussin s’inscrit dans ce mouvement, où la précision technique sert une forme de clarté.

Au Saint James Paris, cette position trouve un cadre particulier. Installé dans une ancienne fondation du XIXe siècle, le lieu conjugue architecture classique et usage contemporain. La pâtisserie de Doussin y agit comme un point de tension discret : elle ne cherche pas à s’imposer, mais à s’inscrire dans une continuité.

Une manière de rappeler que le dessert, loin d’être un exercice de style, reste avant tout un geste de lecture — du produit, du temps et du goût.

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