Home ModeFashion WeekParis Fashion Week: La collection Mugler automne-hiver 2026/27

Paris Fashion Week: La collection Mugler automne-hiver 2026/27

by Tania Tuka
0 comments

La collection Mugler automne-hiver 2026/27 se déploie comme une réflexion complexe sur la nature du pouvoir et les mécanismes de ses codes visuels. Dans le cadre du deuxième chapitre de la trilogie «The Commander», le directeur artistique Miguel Castro Freitas se tourne vers l’un des piliers essentiels de l’héritage de la Maison : le power dressing. Ici, toutefois, le pouvoir n’est pas envisagé comme une domination frontale ni comme un glamour froid, mais comme un système subtil d’intentions et d’attraction qui façonne l’identité. Le créateur engage un dialogue avec l’héritage radical de Manfred Thierry Mugler, en réinterprétant ses recherches sur le contrôle et l’autorité. Une attention particulière est accordée à des thèmes d’archives tels que Les Secrétaires et Hiver Militaire, dont les codes sont réactivés dans un contexte contemporain.

Plus de quarante ans plus tard, ces idées résonnent différemment, tout en conservant leur pouvoir d’attraction, acquérant de nouvelles significations dans un paysage visuel et politique transformé. La collection se présente ainsi comme une forme de manifeste, affirmant l’empowerment individuel comme une réponse essentielle aux pressions extérieures. Dans cette lecture, la liberté apparaît comme la forme ultime du pouvoir, à reconquérir sans cesse.

Freitas déconstruit l’idée d’un pouvoir figé, proposant au contraire de le percevoir comme fluide, flexible et profondément séduisant. Les éléments militaires dialoguent avec des silhouettes aristocratiques du XVIIe siècle, créant une tension entre les époques. La géométrie de l’art déco se mêle à la logique du vestiaire corporate des années 1980, accentuant la dramaturgie des looks. De ces croisements naît une esthétique où la rigueur s’imprègne de sensualité.

Les échos du glamour des années 1940 se manifestent à travers des épaules marquées, des tailles cintrées et des lignes sculpturales devenues signatures chez Mugler. Ces formes ne se contentent pas de sublimer le corps : elles révèlent également les tensions internes des codes visuels du pouvoir. Les vêtements traditionnellement associés à une autorité fonctionnelle — du workwear aux tenues cérémonielles — se transforment en affirmations de maîtrise de soi et d’intention. La confiance devient une notion centrale, guidant chaque décision.

La rigueur du constructivisme du début du XXe siècle structure les silhouettes, leur conférant une discipline architecturale. Les principes du Bauhaus renforcent cette impression de précision formelle et de clarté fonctionnelle. Le pouvoir s’exprime ici autant par la forme que par la matière. Les textures jouent un rôle essentiel : shearling vibrant, soies imprimées, cuirs métallisés et lamé composent une palette tactile riche et expressive.

Le corps et le glamour demeurent au cœur du propos, mais dépouillés de toute dimension décorative, ils deviennent une affirmation de présence. Les accessoires prolongent cette narration : les sacs Aurora et Lua font leur retour, accompagnés de nouveaux porte-documents aux constructions inspirées des mousquetons. Ils soulignent les notions de contrôle et de mobilité, inscrites dans l’ensemble de la collection.

Présenté au Palais de la Porte Dorée à Paris, le défilé intensifie la dramaturgie de l’ensemble. Le vêtement y devient un outil d’exploration du pouvoir — de ses modes de port, d’interprétation et de transformation. La collection interroge les rôles établis, posant la question de savoir qui commande, qui suit et qui se soumet.

Dans ce contexte, la force n’apparaît plus comme une catégorie fixe, mais comme un processus de métamorphose. Fidèle à l’esprit Mugler, l’érotisme n’est pas un ornement, mais un langage de confiance et de franchise. Il devient un vecteur d’expression de l’autonomie intérieure.

Photos : Avec l’aimable autorisation de la marque

Related Articles