Pour l’automne 2026, Rachel Scott convoque une figure spectrale et souveraine issue du panthéon visuel de Wifredo Lam : la femme cheval. Loin de l’exotisme ou du fantasme colonial, cet objet textile devient le réceptacle d’une autonomie érotique et culturelle, où le corps n’est plus une invitation à la domination mais le siège d’un pouvoir spirituel. À travers un partenariat inédit avec la succession Lam, la Maison Diotima transforme le vêtement en un acte de mémoire diasporique.


La matérialité du sacré
L’enjeu technique de la collection réside dans la capacité à rendre tangible l’atmosphère dense et stratifiée des œuvres de Lam, telles que La Jungla ou Omi Obini. Rachel Scott déploie un lexique artisanal rigoureux pour tenir cette intensité chromatique:
- Jacquards Gobelins : Une technique choisie pour sa densité, permettant un jeu de retrait où la couleur, absente de la surface, se révèle à l’intérieur du vêtement, suggérant une force contenue.
- Intarsia d’organza : Appliqué à la main, ce procédé crée des jeux de transparence qui révèlent la peau sans l’exposer totalement, traduisant l’idée d’une féminité qui refuse d’être un simple objet de désir.
- Architecture équestre : Le vocabulaire de l’équitation informe la silhouette sans littéralité ; les vestes de cavalière exagèrent la hanche, tandis que les lignes de franges évoquent le mouvement de la crinière et du fouet.
Une géographie de la résilience
L’engagement de la Maison envers le « faire » se double d’une dimension sociologique marquée par une collaboration avec le Refugee Atelier à New York. Ce choix de production intègre des savoir-faire portés par des femmes ayant traversé des histoires de déplacement, faisant écho aux thèmes de décolonisation chers à Lam. Le luxe, chez Diotima, devient ainsi un moteur de transmission où le geste de l’artisan porte une charge politique et historique.


Détail technique Le travail sur les fibres hybrides marque cette saison : un mohair pressé associé à un revers en viscose imite la texture de la fourrure, tandis que les mailles de mérinos à jauge fine alternent entre opacité et séparation pour sculpter le corps par le vide.
En refusant la simple reproduction d’images pour privilégier la transcription de forces, Rachel Scott propose une définition radicale de l’élégance contemporaine. La femme Diotima traverse une époque de division avec une radiance qui n’est pas une fuite, mais une forme de définition de soi souveraine.
L’ouverture vers de nouveaux publics pour l’héritage de Sarah Maldoror durant la présentation souligne que cette collection n’est pas une fin, mais un jalon dans une quête esthétique plus vaste.

