Grenade, sud de l’Espagne. Sous la chaleur d’été, les cistes sauvages libèrent dans l’air une résine collante que l’on nomme labdanum. Cette sève aromatique, récoltée feuille par feuille depuis l’Antiquité, servait d’encens dans le monde ancien — bien avant que les routes de l’ambre ne relient l’Orient à la Méditerranée. C’est cette matière première, aux notes à la fois chaudes et légèrement cuirées, que Jo Malone London place au cœur de sa nouvelle Cologne Intense Amber Labdanum, disponible dès le premier septembre 2025.
Céline Roux, Global Head Of Fragrance de la Maison londonienne, confie avoir été « émerveillée par l’Alhambra ». Ce palais-forteresse du XIIIe siècle, perché sur une colline de Grenade, n’est pas qu’un décor : c’est un point de bascule historique où se sont croisées trois cultures (musulmane, chrétienne, juive) et autant de traditions parfumées. Le labdanum y était brûlé lors de cérémonies, mêlé à d’autres résines pour marquer les passages rituels. En choisissant cette référence, Roux et le parfumeur Yann Vasnier ancrent leur composition dans un héritage technique : celui de la récolte manuelle de la sève sur les feuilles de ciste, pratique inchangée depuis des siècles.
Le jus lui-même repose sur une structure classique en trois temps : orange amère en ouverture, labdanum au cœur, ambre en fond. Vasnier y ajoute vanille et chêne torréfié, ce qui adoucit le côté parfois austère du labdanum pur. L’effet revendiqué : « onctueux », « riche », « sensuel ». Le vocabulaire marketing du dossier de presse reste convenu, mais la matière première, elle, mérite l’attention.
Détail
Le labdanum est extrait des feuilles de ciste par enfleurage à chaud ou par distillation. Contrairement à l’ambre gris (d’origine animale marine) ou à l’ambre fossile (résine végétale fossilisée), le labdanum est une résine fraîche qui se solidifie à l’air. Sa composition chimique — riche en monoterpènes et en diterpènes — lui confère cette note à la fois balsamique, cuirée et légèrement fumée, très prisée en parfumerie orientale.
La question demeure : peut-on parler d’authenticité lorsqu’une marque appartenant au groupe Estée Lauder depuis 1999 invoque l’Andalousie du XIIIe siècle ? Jo Malone London, fondée en 1994, s’est construite sur une esthétique britannique minimaliste — loin des fastes de l’Alhambra. Mais Roux et Vasnier ne cherchent pas à reconstituer un parfum historique. Ils utilisent Grenade comme point d’ancrage géographique, et le labdanum comme fil narratif. L’exercice tient plus du voyage mental que de l’exactitude archéologique.
Amber Labdanum rejoint une collection, Cologne Intense, dédiée aux matières premières rares. En cela, la démarche s’inscrit dans une tendance plus large de la parfumerie contemporaine : revenir aux ingrédients, nommer les lieux, afficher les noms de parfumeurs. Reste à savoir si le public distinguera cette Cologne Intense des dizaines d’ambrés orientaux qui saturent le marché depuis cinq ans.






