Home Food and WineVins et SpiritueuxDomaine La Falize : L’exigence bourguignonne sur le terroir namurois

Domaine La Falize : L’exigence bourguignonne sur le terroir namurois

by pascal iakovou
0 comments

Il est temps de dépasser l’anecdote climatique qui voudrait que la viticulture belge ne soit qu’une heureuse conséquence du réchauffement global. Au Domaine La Falize, situé dans la région de Namur, la production de vin relève moins de l’opportunisme météorologique que d’une ambition géologique et humaine précise. Avec le millésime 2022 de son Chardonnay, Frédéric de Mévius ne propose pas une curiosité septentrionale, mais un vin de terroir capable de dialoguer d’égal à égal avec ses modèles de la Côte de Beaune.

Le projet, initié en 2011, s’est construit sur une intuition radicale : importer la rigueur technique bourguignonne sur les coteaux de la Sambre et de la Meuse. Pour ce faire, le domaine s’est entouré d’une expertise rare, notamment celle de Sylvain Pellegrinelli, ancien chef de culture du Domaine de la Romanée-Conti. Ce transfert de savoir-faire se lit dans la conduite du vignoble, certifié Demeter depuis 2020. Sur ce sol complexe de schistes et de marnes rouges, la biodynamie n’est pas un argument marketing, mais une méthode indispensable pour réveiller un terroir longtemps silencieux et lui permettre d’exprimer sa minéralité singulière.

Le Chardonnay 2022 incarne cette recherche de tension. Loin de l’opulence beurrée de certains Meursaults, le profil aromatique privilégie ici la droiture et la précision, évoquant davantage la structure cristalline d’un Puligny-Montrachet. La vinification témoigne d’une maîtrise du temps : après des vendanges manuelles et un pressurage en grappes entières, le vin connaît un élevage double. Douze mois en fûts de chêne bourguignons pour patiner la matière, suivis de huit mois en cuve inox sur lies pour retendre l’ensemble et préserver la fraîcheur.

À la dégustation, cette architecture se traduit par des notes de fleurs blanches et d’agrumes, soutenues par une texture ample mais jamais lourde. La finale, persistante et saline, rappelle que la Belgique possède, elle aussi, une mémoire calcaire. Facturé 55 euros, ce Chardonnay confirme que le Domaine La Falize a réussi son pari : faire de la viticulture belge non plus une promesse exotique, mais une réalité classique, inscrite dans le temps long de l’excellence européenne.

Related Articles