DAGGER filme sa propre adolescence, un iPhone à la main

by PASCAL IAKOVOU
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Pour sa collection Printemps-Été 2027, le label DAGGER retourne dans la ville côtière de l’enfance de son créateur, entre premières cigarettes et premiers chagrins d’amour. Une nostalgie volontairement mineure, documentée non pas par des photographes professionnels mais par un iPhone 17 Pro — choix qui en dit long sur la manière dont une génération entend raconter le luxe.

La mode convoque régulièrement l’histoire, l’art, l’architecture pour légitimer ses collections. DAGGER, fondé par le designer Luke Raines, choisit un terrain nettement plus modeste et plus personnel : sa propre adolescence dans une ville balnéaire connue, au début des années 2000, pour sa scène skate plutôt que pour son prestige. Cette collection Printemps-Été 2027 ne cite aucune référence culturelle savante — elle documente des premières fois génériques et universelles : premier emploi, premier verre, première cigarette, premier baiser, premier chagrin d’amour. Un vocabulaire volontairement mineur, presque banal, que la maison choisit d’ériger en matière noble.

Le choix de cette focale intime s’accompagne d’une continuité de personnages plutôt que d’une recherche de nouveauté permanente. Les figures qui peuplent ce défilé prolongent celles introduites lors de la collection Play Hard, présentée en Automne-Hiver 2026 — une manière pour la maison d’affirmer qu’elle ne cherche pas la rupture spectaculaire saison après saison, mais la continuité d’un récit qui suit ses personnages dans la construction progressive de leur identité. Une approche à rebours de la logique d’accélération permanente qui domine une large partie de l’industrie, où chaque collection doit se réinventer entièrement pour capter l’attention.

Le décor choisi — fêtes nocturnes dans les dunes, lumières de fête foraine, retours de plage à l’aube qui ressemblent davantage à une libération qu’à une walk of shame — s’accompagne de collaborations qui ancrent la collection dans une culture jeune et concrète plutôt que dans un imaginaire de luxe abstrait : une nouvelle série de Vans Slip-On personnalisées et retravaillées pour le podium, une préparation backstage assurée par Shark Beauty. Rien, dans ces choix, ne cherche à convoquer l’apparat traditionnel de la mode haut de gamme.

Le geste le plus révélateur reste cependant technique : l’intégralité du défilé a été filmée exclusivement à l’iPhone 17 Pro, poursuivant une approche déjà adoptée lors de la présentation précédente. Ce choix, loin d’être anecdotique, s’inscrit dans une remise en question plus large de la hiérarchie traditionnelle de l’image de mode, où l’équipement professionnel — caméras cinéma, éclairages sophistiqués — garantissait historiquement le prestige visuel d’un défilé. En choisissant l’outil que ses propres personnages utiliseraient pour documenter leur quotidien, DAGGER aligne son medium sur son sujet : une jeunesse qui filme sa vie sur son téléphone, pas sur une caméra de studio.

Ce parti pris pose une question intéressante pour l’avenir du système des podiums : la valeur d’un défilé dépend-elle encore de la sophistication de sa captation, ou peut-elle désormais reposer sur l’authenticité perçue du dispositif, fût-il délibérément appauvri ? DAGGER mise sur la seconde option, et transforme une contrainte esthétique en signature. Reste à savoir si cette nostalgie d’une jeunesse ordinaire, aussi sincère soit-elle, conservera sa force intacte une fois digérée par le système du luxe qu’elle prétend contourner.

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