Un filet de raquette figé dans le métal. C’est par cette image que la pièce s’impose, avant même toute lecture technique. Chez la Maison Hublot, la montre ne se contente plus de mesurer le temps : elle absorbe un geste, celui du tennis, et le traduit en architecture horlogère.
Présentée lors de la LVMH Watch Week 2026, la Big Bang Tourbillon Novak Djokovic s’inscrit dans une série de cent une pièces évolutives, indexées sur les victoires du joueur serbe . Le principe est simple : trois déclinaisons chromatiques — bleu, orange, vert — correspondent aux surfaces du tennis. Soixante-douze pièces pour le dur, vingt-et-une pour la terre battue, huit pour le gazon. Chaque nouvelle victoire pourra théoriquement prolonger la série. Une montre qui s’ajuste au palmarès : rare inversion entre objet figé et carrière en mouvement.
Le boîtier de quarante-quatre millimètres matérialise cette logique narrative. Il est composé d’un matériau composite élaboré à partir de douze polos Lacoste et de douze raquettes Head ayant appartenu au joueur . Le procédé dépasse l’anecdote : il inscrit littéralement la mémoire sportive dans la matière. Ce composite marbré, léger et rigide, dialogue avec un second élément structurel, le Titaplast — polymère à haute résistance mécanique, usiné avec une précision proche du titane.
Mais c’est au cœur du mouvement que la pièce trouve sa cohérence. Le calibre automatique tourbillon MHUB6035 abandonne la platine traditionnelle au profit d’une structure ajourée évoquant le cordage d’une raquette. Chaque “fil” mesure 0,55 millimètre d’épaisseur, usiné dans une seule pièce par gravure laser . L’irrégularité volontaire des espaces rappelle la tension variable d’un cordage en match. L’effet n’est pas décoratif : il redéfinit la lecture du mouvement comme surface dynamique.
Le barillet lui-même prolonge cette logique visuelle. Sa roue est traitée pour évoquer une balle de tennis : polissage rhodié sur deux courbes en S, gravure laser pour créer une texture fibrée, puis laquage jaune-vert . Un détail qui pourrait sembler anecdotique, mais qui révèle une cohérence d’ensemble : chaque composant devient un fragment du terrain.
La construction privilégie la légèreté — cinquante-six grammes — et la résistance. Le verre saphir est remplacé par un Gorilla Glass traité chimiquement, choisi pour sa résistance aux chocs, notamment en usage sportif . Le bracelet, en cuir blanc embossé, reprend le motif du grip de raquette, tandis que les vis en titane adoptent une géométrie inspirée de la balle, nécessitant un outil spécifique pour leur serrage.
Dans cette pièce, la Maison Hublot poursuit une trajectoire amorcée depuis plusieurs années : intégrer des matériaux issus du réel — ici, l’équipement sportif — dans la fabrication horlogère. Au-delà du symbole, cette démarche traduit une évolution du luxe contemporain. L’objet ne revendique plus seulement un savoir-faire, mais une biographie. Il devient archive.
Reste une question, presque silencieuse : que devient une montre lorsque sa production dépend d’un futur incertain, celui des victoires à venir ? Peut-être une chose rare en horlogerie — un objet qui n’est pas tout à fait terminé.
























