Home Beauté et parfumsBvlgari Le Gemme Tygar Extrait. La même âme, à une autre profondeur.

Bvlgari Le Gemme Tygar Extrait. La même âme, à une autre profondeur.

by pascal iakovou
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Bvlgari publie la version Extrait du Tygar, fragrance boisée hespéridée signée Jacques Cavallier-Belletrud. Non pas une reformulation — une intensification. La question que pose cet objet : jusqu’où peut-on concentrer une fragrance sans en altérer l’identité ?

L’œil-de-tigre est un quartz métamorphique dont la couleur brun doré résulte d’un processus de pseudomorphose : des fibres de crocidolite, minéral d’origine, ont été progressivement remplacées par de la silice sur plusieurs millions d’années. Ces fibres orientées créent la chatoyance caractéristique de la pierre — ce mouvement de lumière interne que Bvlgari a choisi comme point de départ de la collection Le Gemme en 2016. Dix ans plus tard, c’est encore cette dualité — l’éclat et l’obscurité, le minéral et l’organique — qui structure le Tygar Extrait.

Jacques Cavallier-Belletrud travaille avec Bvlgari depuis 1995. Originaire de Grasse, troisième génération de parfumeurs, parfumeur maison chez Louis Vuitton depuis 2012, il a signé plus de quatre-vingt fragrances pour les maisons de couture et de luxe. Sur le Tygar Extrait, il a conservé l’accord de pamplemousse qui ouvre l’Eau de Parfum originale — « il m’a semblé évident de préserver l’essence même et l’âme de cette fragrance », commente-t-il — tout en accentuant la dimension boisée et ambrée des notes de fond. L’intention : non pas changer d’angle, mais creuser davantage dans la même direction.

La pyramide olfactive de l’Extrait repose sur huit matières. En tête, l’accord de pamplemousse et le gingembre SFE — extraction par fluide supercritique, méthode qui préserve les molécules aromatiques fragiles sans résidu de solvant. Au cœur, l’absolue de benjoin du Siam, baume extrait par solvant de la résine de Styrax tonkinensis, arbre originaire d’Asie du Sud-Est, apporte une onctuosité résineuse que l’ambre gris — concrétions intestinales de cachalot, aujourd’hui majoritairement reproduites par synthèse — vient charger d’une note marine et charnelle. En fond, l’absolue de baumier du Pérou et l’essence de patchouli exclusive — dont la provenance et le processus d’extraction restent non précisés dans la communication officielle — ferment la composition sur une présence boisée sombre et persistante.

Le flacon conserve la force architecturale du flaconnage Le Gemme, inspiré de l’obélisque romain. La distinction avec l’Eau de Parfum tient à deux détails : une plaque estampillée « Tygar Extrait » et un étui dont la texture reproduit graphiquement les rayures chatoyantes de l’œil-de-tigre.

Ce que l’Extrait révèle sur l’objet original est peut-être plus intéressant que l’objet lui-même : si l’intensification tient, c’est que la composition d’origine était construite pour le supporter. Toutes les fragrances ne le permettent pas. Certains accords s’effondrent à trop haute concentration ; d’autres révèlent, à ce seuil, une architecture que la version diluée ne laissait qu’entrevoir.

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