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Lettres à Yves de Pierre Bergé

by Elisa Palmer
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Jacques Brel – La Chanson des Vieux Amants

 

Yves Saint Laurent. Yves saint Laurent. YSL. Yves.

1er août 1936, Oran, Algérie – 1er juin 2008, Paris.

 

Entre temps, une Histoire, presque officielle : celle d’un couturier français à la renommée internationale, qui a fait de la Mode une oeuvre sociale, et accompagné les femmes dans leurs conquêtes de pouvoir et de liberté.

 

Pour ceux qui seraient encore tentés d’utiliser, en parlant d’Yves Saint Laurent, l’expression : « Apporter sa pierre à l’édifice » ou encore « do one’s bit for », puisque beaucoup d’entre nous sont friands des anglicismes, voici un extrait du discours qu’il a prononcé le 7 janvier 2002, lors de la conférence de presse où il a annoncé son départ et la fermeture de la maison Haute Couture : « J’ai créé la garde-robe de la femme contemporaine … j’ai participé à la transformation de mon époque. Je l’ai fait avec des vêtements … On me pardonnera d’en tirer vanité, mais j’ai, depuis longtemps maintenant, cru que la mode n’était pas seulement faite pour embellir les femmes, mais aussi pour les rassurer, leur donner confiance, leur permettre de s’assumer. Je me suis toujours élevé contre les fantasmes de certains qui satisfont leur égo à travers la mode. J’ai, au contraire, voulu me mettre au service des femmes c’est-à-dire servir leur corps, leurs gestes, leurs attitudes, leur vie. J’ai voulu les accompagner dans ce grand mouvement de libération que connut le siècle dernier. ».

 

 

Cette Histoire-là, nombreux la connaissent déjà, d’où l’importance de lire ces 108 pages de correspondance – à une voix – de Pierre Bergé à Yves. Si on connaissait Yves Saint Laurent, on apprend qui est Yves. On fouille son histoire d’amour avec Pierre. On en comprend les ressorts. On appréhende sa sexualité, ses déviances (alcool & drogues), ses violences, celles faites à autrui comme lui-même, son rapport aux femmes, ses sources d’inspiration… Mais surtout on déconstruit – un peu mieux – la mécanique d’un esprit iréellement brillant.

 

Lettres à Yves de Pierre Bergé, Gallimard, 12€

L’ouvrage s’ouvre sur une citation de Pline le Jeune : « J’ai perdu le témoin de ma vie, je crains désormais de vivre plus négligemment. »

 

Parmi les choses qu’on ne rencontre pas partout :

Page 32 : « 17 janvier 2009

Hier, je t’ai écrit que tu avais placé très haut la barre de ton métier. En fait, j’ai toujours pensé que ce métier n’était pas à ton niveau, que tu méritais mieux que ça, que tu as toujours souffert de son côté éphémère. Tu as toujours su que la mode n’était pas un art, même s’il fallait être un artiste pour la créer. C’est bien pour cela que tu t’es imposé une telle rigueur. Tu aurais du être un artiste à part entière, mais en avais-tu le talent ? »

 

Page 44 : « 2 mars 2009

Kikou, tu me manques terriblement. »

 

Page 60 : « 12 avril 2009

Tu avais trouvé refuge dans une boulimie et une gourmandise incroyables. Toi qui avais été, et à juste titre, si fier de ton corps, tu t’étais mis à la haïr au point de le déformer. « Je suis devenu un monstre », me disais-tu et c’était vrai. Le masochisme avec lequel tu avais joué avec tant d’adresse avait pris sa revanche. C’est lui à coup sûr qui t’a fait te détruire pendant tant d’années. D’abord l’alcool et la drogue, ensuite la nourriture. La nourriture, j’ai toujours su que, pour une large part, c’était dirigé contre moi. Une manière de me dire « tu m’as enlevé et la drogue et l’alcool, je vais me venger ». Ce que tu ne savais pas, c’est que le premier atteint allait être toi. Tu étais enfantin, aussi avais-tu des stratégies enfantines. Je t’aimais pour ça aussi. »

 

page 76 : « 28 avril 2009

C’est toi qui me fermeras les yeux, m’avais-tu dit à plusieurs reprises. Tu aimais les formules. Je te les ai fermés. Je ne savais pas que ce serait difficile, qu’ils refuseraient de rester clos. C’est un infirmier qui a placé une compresse sur chacun. Il était 23h12. »

Elisa Palmer / LUXSURE

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