Vaquera joue la grande maison : quand l’uniforme rencontre le boudoir

by PASCAL IAKOVOU
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« I’m a put-on-a-show kind of girl » : la phrase qui ouvre le dossier de presse de Vaquera pour le printemps-été 2027 dit déjà presque tout. Celle qui parle ne se contente pas de s’habiller ; elle met en scène. Quarante et un passages, un casting confié à l’agence Midland, une chorégraphie, une musique signée Michel Gaubert : la collection se présente comme un spectacle dont les vêtements seraient à la fois les costumes et les accessoires.

Le service en tenue de gala

Ce qui frappe à la lecture de la liste des silhouettes, c’est l’attelage de registres que la maison assume. D’un côté, le vestiaire de l’uniforme : veste militaire, chemise d’uniforme, short d’uniforme, pantalon de jodhpurs, trench court, veste de camionneur. De l’autre, celui du service domestique, poussé jusqu’à la citation littérale, avec une toque de chef, un serre-tête de femme de chambre, un tablier, un plastron de serveur. Entre les deux, le canotier, répété sur de nombreux looks, qui coiffe aussi bien une robe à châle que des tenues de ville.

Il y a là une manière de regarder le travail invisible, celui des cuisines, des étages, des salles, et de lui donner les honneurs du podium. Le communiqué ne le commente pas ; il se contente de nommer les pièces. Mais la juxtaposition parle d’elle-même : le même plateau accueille la femme qui sert et celle qui reçoit, et rien n’indique qui est qui.

Le boudoir et le bal

Le second versant de la collection est plus intime. Robes de négligé et robes babydoll, soutiens-gorge transparents, jupe à passepoil transparent : la lingerie sort de la chambre, sans changer de nom. À l’autre extrémité du défilé, des robes de bal, des robes fourreau à queue de poisson, des robes froncées et des robes à nœuds, portées avec des escarpins compensés baptisés « boudoir » et des pochettes à nœud. Le nœud est d’ailleurs le motif le plus constant : bandeau, haut, robe, soutien-gorge, pochette.

Ce télescopage du dessous et du dessus, du vêtement de nuit et de la tenue de réception, installe une ambiguïté que la maison cultive de saison en saison : où commence la scène, où finit la coulisse ? Le fait que la collection s’ouvre et se referme sur la même combinaison, canotier, robe à châle et compensé boudoir, donne à l’ensemble une forme de cycle, presque un lever et un baisser de rideau.

Deux collaborations, une même distorsion

Cette saison introduit deux partenariats. Avec Mykita, Vaquera retravaille deux classiques de la lunetterie américaine, l’aviateur et l’œil-de-chat, en silhouettes allongées, presque fondues. Les modèles, présentés ici pour la première fois, sont annoncés pour une sortie au printemps-été 2027. Avec Crocs, la maison redessine le sabot devenu culte à travers sa distorsion signature du quotidien ; on le retrouve au pied de certains looks sous le nom de « Retro Runners ».

Dans les deux cas, le geste est identique : prendre un objet que tout le monde reconnaît et le déformer juste assez pour qu’il cesse d’être neutre. C’est, au fond, la méthode de la collection entière, appliquée à l’échelle de l’accessoire.

Une équipe au complet

Le dossier de presse prend soin de nommer ceux qui ont fabriqué le spectacle : stylisme d’Emma Wyman, direction de la création par Laura Spence en tant que designer senior, scénographie de Christian Feltham, musique de Michel Gaubert, chorégraphie d’Eric Christison, coiffure de Claire Grech, maquillage de Daniel Sallstrom, production de Western Promises. La liste des remerciements, longue, englobe la Fédération de la Haute Couture et de la Mode. La relation presse est assurée par Lucien Pagès. Ce soin de créditer chacun, des assistants studio aux assistants stylisme, relève d’une logique de troupe plus que de maison classique.

Reste à voir ce que cette garde-robe de femme de chambre en robe de bal, de militaire en nuisette, deviendra dans la rue. Vaquera n’a jamais cherché à habiller sagement ; la question est plutôt de savoir qui, au printemps prochain, acceptera de monter sur la scène qu’elle dresse.

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