À Anacapri, un palace qui collectionne plus qu’il n’accueille

by PASCAL IAKOVOU
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Un pâtissier français qui revient pour la deuxième année, une boutique éphémère Dior suspendue au-dessus de la Méditerranée, des œuvres qui entrent dans une collection permanente plutôt que de repartir avec la saison : le Jumeirah Capri Palace ne raconte plus seulement une histoire d’hospitalité.

Rouvert le 16 avril dernier, le Jumeirah Capri Palace a bâti sa saison 2026 sur trois piliers revendiqués depuis plusieurs années déjà par l’établissement : la gastronomie, l’art, le bien-être. Rien de très original dans l’énoncé — la plupart des palaces méditerranéens brandissent la même trilogie. Ce qui l’est davantage, c’est la manière dont Anacapri a choisi d’habiter chacun de ces trois mots, en évitant soigneusement le régime de l’événementiel ponctuel au profit d’une logique d’accumulation, presque patrimoniale.

C’est particulièrement net du côté de l’art. Le partenariat de longue date avec la Galleria Continua se poursuit cette saison avec une nouvelle exposition temporaire, mais l’hôtel va plus loin en renouvelant sa collaboration avec le Festival del Paesaggio, initiative dédiée à la recherche artistique contemporaine conçue par Arianna Rosica et Gianluca Riccio. Un prix artistique annuel y sera désormais associé, et les œuvres des lauréats les plus récents intègrent, pour certaines, la collection permanente de l’hôtel — sine die, précise le communiqué, un terme qui n’a rien d’anodin dans le vocabulaire feutré de l’hôtellerie de luxe. Le duo d’artistes Masbedo y présentera deux pièces, l’une entrant définitivement dans les collections, l’autre exposée pour la seule saison 2026 ; Clarissa Baldassarri fera de même avec une œuvre unique. Un hôtel qui acquiert de l’art plutôt que de simplement l’exposer ne se comporte plus tout à fait comme un lieu de séjour : il se comporte comme une institution qui construit un patrimoine, avec la même logique de suivi et de conservation qu’un musée.

Côté tables, la saison confirme le retour de Pierre Hermé pour une deuxième année consécutive à la conception de la carte des desserts, dans le cadre des dîners quatre mains qui animent Il Ristorante L’Olivo, seul restaurant deux étoiles Michelin de l’île de Capri. Au-dessus des eaux turquoise, la terrasse d’Il Riccio se transforme le temps de l’été en boutique éphémère Dioriviera, prolongeant une collaboration désormais installée entre l’hôtel et la maison parisienne. L’exercice n’a rien d’inédit dans l’hôtellerie de luxe méditerranéenne, mais il illustre une porosité croissante entre mode et hospitalité, où la marque de vêtements ne se contente plus de sponsoriser un lieu : elle y devient, quelques semaines par an, un commerce à part entière.

Le troisième pilier, le bien-être, se concentre au Capri Medical Spa, dirigé par la dermatologue Chantal Sciuto, spécialiste de médecine esthétique régénérative, et connu pour son traitement signature Leg School, pensé pour améliorer la circulation par une approche clinique plutôt que purement cosmétique. La saison s’inscrit enfin dans le nouveau chapitre design signé Patricia Urquiola, qui a redessiné les suites Mariorita et prolongé son vocabulaire — rotin, terre cuite émaillée, marbre sur mesure — jusqu’au jardin, au bar de la piscine et à la terrasse du Bar degli Artisti. Reste une question que l’hôtel ne pose pas explicitement, mais que sa stratégie soulève d’elle-même : à mesure que les palaces méditerranéens accumulent œuvres, prix et collaborations culturelles, où s’arrête l’hospitalité et où commence le mécénat ?

Cette accumulation patiente — œuvres, prix, résidences d’artistes, collaborations de mode reconduites d’une saison à l’autre — situe le Capri Palace dans une catégorie à part parmi les grands hôtels méditerranéens, davantage proche du modèle de la fondation privée que de celui, plus classique, du resort saisonnier qui renouvelle son décor chaque année sans jamais rien garder. C’est aussi un pari de long terme : les œuvres entrées sine die dans la collection ne génèreront aucun retour immédiat sur investissement, mais elles inscrivent l’établissement dans une durée que la simple rotation des offres gastronomiques ou spa ne permet pas d’atteindre.

L’établissement ne communique pas de chiffres sur le coût de cette politique d’acquisition, mais le signal envoyé au marché de l’art est sans ambiguïté : un hôtel peut désormais figurer, au même titre qu’une fondation ou qu’une collection privée, parmi les débouchés considérés par les artistes émergents que le Festival del Paesaggio choisit de récompenser chaque année.

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