Le créateur Sylvio Giardina a choisi la tapisserie de la Dame à la licorne, conservée au musée de Cluny, comme matrice technique de sa collection Haute Couture automne-hiver 2026-2027. Le geste dépasse la citation esthétique : il transforme le lieu de conservation en dispositif de création.
Un musée conserve, en principe ; il ne crée pas. C’est cette frontière que déplace la collection Mon Seul Désir, présentée le 6 juillet 2026 en installation in situ au musée de Cluny, musée national du Moyen Âge, par le créateur Sylvio Giardina. Le point de départ n’est pas la citation esthétique d’une œuvre célèbre — la tapisserie de la Dame à la licorne, conservée dans les collections du musée — mais l’examen de sa technique de fabrication : le tissage, et la capacité de ce geste à produire de la matière, de la profondeur et de l’illusion visuelle à partir du seul fil.
Le tissage comme méthode, pas comme motif
Giardina ne reproduit pas les scènes de la tapisserie sur des vêtements : il en extrait un principe de construction. La technique du tressage textile devient le point de départ de la collection, poursuivant un objectif précis — rendre visibles la légèreté et la transparence à travers des matières solides, en transformant la surface du vêtement en espace tridimensionnel. Le motif millefleurs, omniprésent dans la tapisserie médiévale, devient à son tour une grammaire visuelle plutôt qu’un simple décor : la fleur y est traitée comme composition structurelle, déclinée dans l’ensemble de la collection.
Le travail s’étend jusqu’aux bijoux représentés dans les tapisseries médiévales, que Giardina retranscrit en éléments de couture : colliers et ornements deviennent des structures suspendues, certains intégrés aux vêtements, d’autres réinterprétés comme fragments de matière sur des surfaces transparentes. La palette de couleurs, tirée directement des tapisseries — rouge dominant, associé au blanc, au bleu, au violet, au jaune, au bleu poudré, à l’or et au noir — est traitée comme matière perceptive plutôt que décorative. La construction des pièces mobilise des matières couture classiques (mikado, duchesse, tulle, crin, dentelle, velours) combinées pour produire des contrastes de poids, de transparence et de structure, avec un plissé entièrement exécuté à la main.
Un projet en deux actes, Paris puis Rome
Le second déplacement tient au format : Mon Seul Désir ne se limite pas à un défilé mais se construit comme un projet en deux temps. Après l’installation parisienne du 6 juillet au musée de Cluny, en dialogue direct avec les tapisseries, le projet se poursuivra en octobre 2026 à la Trinità dei Monti de Rome, ensemble historique d’origine conventuelle lié à l’ordre des Minimes, avec une performance in situ prolongeant la dimension rituelle de la collection. Le titre de la collection reprend la devise de la sixième tapisserie du cycle de la Dame à la licorne — symbole du passage du désir à la conscience —, que Giardina traite non comme une émotion mais comme un processus de transformation entre matière, geste et perception.
Un créateur formé entre Rome et l’atelier
Sylvio Giardina, d’origine sicilienne et né à Paris, s’est formé à l’Accademia di Costume e di Moda de Rome avant de débuter sa carrière chez Fernanda Gattinoni, maison où il a acquis sa formation directe à la Haute Couture. Cofondateur de la marque Grimaldi Giardina avant de lancer son label éponyme, il a développé une pratique construite sur le dialogue constant entre matière textile et arts visuels — une continuité déjà visible dans sa collection automne-hiver 2025-2026, présentée dans un appartement haussmannien parisien sous forme d’installation de dix pièces de Haute Couture conçues comme des micro-scénographies mobiles.
Le geste engagé avec le musée de Cluny prolonge cette logique à une échelle institutionnelle : le patrimoine textile médiéval n’y est plus seulement conservé, il redevient matériau de travail. Reste à mesurer si cette collaboration ouvrira, pour d’autres institutions patrimoniales, une voie de dialogue avec la couture contemporaine — ou si elle demeurera un cas isolé, à la mesure d’un créateur dont la démarche s’est toujours construite en marge des circuits institutionnels classiques.





















