Home ModeFashion WeekValette Studio SS27 : Dandys Dada, ou l’atelier en révolution silencieuse

Valette Studio SS27 : Dandys Dada, ou l’atelier en révolution silencieuse

by pascal iakovou
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Vingt-quatre looks présentés au Quadrilatère des archives, sous l’égide du Ministère de la Culture. Valette Studio engage sa collection Printemps-Été 2027 dans un dialogue tendu entre constructivisme et dadaïsme — entre l’ordre et la subversion, entre la taille et le flou.

On pensait connaître Valette Studio. Sa rigueur de tailleur, son goût de la construction, cette élégance un peu grave que les jeunes maisons parisiennes portent comme un manifeste. La collection Printemps-Été 2027, intitulée Dandys Dada, déjoue les attentes sans les trahir. Ce n’est pas une rupture — c’est une fissure, volontaire et précise, par laquelle quelque chose d’autre entre.

L’espace choisi n’est pas neutre. Le Quadrilatère des archives, dans le IIIe arrondissement, avec le soutien du Ministère de la Culture : c’est une façon de dire que le vêtement est archive, que la couture est patrimoine vivant, que la mode appartient à l’histoire des formes autant qu’à celle du commerce. Valette Studio l’a compris depuis le début. Ce choix de lieu l’affirme avec une certaine insolence.

La collection s’ouvre sous le signe du constructivisme. Non comme référence historique décorative, mais comme méthode. Les vestes sont taillées dans la droiture du fil, les lignes cherchent la structure, les twills de laine et les poplins de coton dessinent une architecture du corps qui pourrait tenir debout sans lui. La technique est ostensible : pièce de crin sur la poitrine, épaulettes recouvertes de cuir, construction entièrement toilée. On ne cache pas le travail — on l’expose.

Et c’est là qu’intervient Dada. Pas le dadaïsme des manifestes et des provocations de salon, mais celui de l’humour discret, du geste qui déstabilise sans fracas. Les fermetures éclair se multiplient, redondantes, presque décoratives. Les volumes se décalent. Les proportions jouent avec elles-mêmes. Deux imprimés exclusifs — zèbre et motif tacheté — surgissent dans un vestiaire autrement ancré dans le noir, le blanc et le beige. Violet intense, orange terreux : des irruptions de couleur qui se comportent comme des accidents calculés.

Mais la véritable nouveauté de la saison réside dans l’introduction du flou. Valette Studio, jusqu’ici terra firma du tailoring, invite pour la première fois des profils issus de la couture du flou — cet art du vêtement qui vit dans la mousseline, le jersey de viscose, le tombé. Des silhouettes de soie travaillées en biais arrivent dans la collection comme une contre-mélodie : légèreté, transparence, sensualité. Ce n’est pas une concession au marché. C’est l’élargissement d’une langue.

Ce que le communiqué n’ose pas dire — mais que suggère l’ensemble — c’est que Valette Studio est peut-être en train de devenir une grande maison. Une maison qui sait que l’excellence ne suffit pas si elle reste immobile, et qui choisit de se mettre en mouvement avec l’exactitude d’un horloger. Dandys Dada : deux mots pour une même idée, celle de l’élégance qui refuse de se prendre au sérieux — tout en prenant le travail, lui, très au sérieux.

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