Il existe des soirées où la mode cesse d’être une industrie pour redevenir ce qu’elle fut toujours, à ses plus beaux instants : un geste de civilisation. Le 9 juillet 2026, FENDI fera de Rome une telle soirée. C’est dans les salles de la Galleria Nazionale d’Arte Moderna e Contemporanea — le grand musée du Viale delle Belle Arti — que Maria Grazia Chiuri présentera pour la première fois sa vision de la Couture FENDI, une collection Automne-Hiver 2026-2027 dont l’adresse même dit quelque chose d’essentiel.
Qu’une créatrice choisisse un musée national pour ouvrir un nouveau chapitre, ce n’est jamais anodin. La Galleria Nazionale d’Arte Moderna, inaugurée en 1883 pour célébrer les arts des XIXe et XXe siècles, n’est pas un lieu de passage ni un espace éphémère réquisitionné pour l’occasion. C’est un lieu de mémoire. Y déposer la première collection Couture de son mandat, c’est signifier d’emblée que l’on s’inscrit dans la durée, que le geste de création n’est pas séparable de l’histoire qui le précède.
Ce choix prend une dimension encore plus saisissante quand on sait ce qui l’accompagnera. Le même soir s’ouvrira l’exposition « AFTER UN PERCORSO DI LAVORO. FENDI / KARL LAGERFELD 1985. AFTER STEPS THROUGH WORK », visible au public du 10 juillet au 25 octobre 2026. Un titre long, presque archivistique, qui fait de cette nuit un palimpseste : d’un côté, la créatrice au présent qui trace sa propre ligne ; de l’autre, le fantôme fondateur de la griffe FENDI telle qu’on la connaît, Karl Lagerfeld, convoqué par un travail de 1985.
Il faut s’arrêter sur cette date. 1985, c’est l’année où Karl Lagerfeld — alors déjà patron de Chanel depuis trois ans — consolidait sa vision de FENDI, maison qu’il dirigeait depuis 1965. C’est une période charnière, celle où le luxe romain apprenait à dialoguer avec le luxe parisien, où les fourrures FENDI devenaient un manifeste autant qu’un produit. En dédiant une exposition à ce moment précis, FENDI ne célèbre pas nostalgiquement un passé figé. Elle trace une généalogie : voici d’où nous venons, voici ce que nous choisissons de porter.
Maria Grazia Chiuri, pour sa part, arrive de Dior avec un bagage considérable — huit saisons de Haute Couture parisienne, une pratique assumée du féminisme en actes, une sensibilité aux arts visuels et aux artisans qui dépasse le simple accord de défilé. Sa première collection FENDI Couture sera donc lue à travers ce double prisme : ce qu’elle apporte de sa propre trajectoire, et ce que la maison romaine lui impose d’assumer.
Rome, enfin, n’est pas Paris. C’est là peut-être l’intention la plus forte de ce geste inaugural. En choisissant sa propre capitale — la ville où FENDI est né, où ses ateliers respirent, où les comédiennes et les artistes ont porté ses fourrures depuis des générations — Maria Grazia Chiuri refuse la subordination symbolique à la Semaine de la Haute Couture parisienne. Elle dit : la Couture peut naître ailleurs, et elle peut naître ici.
La Galleria Nazionale d’Arte Moderna accueillera le public à partir du 10 juillet. L’exposition sur Karl Lagerfeld et FENDI 1985 sera visible jusqu’au 25 octobre 2026. Deux temporalités, deux mémoires, une maison qui regarde son passé pour mieux avancer.

