Il y a quelque chose de délibéré dans le choix des grilles de l’UNESCO pour accueillir, cet été, les visages des Rawis d’AlUla. L’institution internationale du patrimoine, place de Fontenoy, n’est pas un musée. C’est un traité en pierres — un engagement collectif que certaines mémoires méritent d’être préservées. Y exposer des conteurs arabes en portraits photographiques, du 10 juin au 31 août 2026, c’est affirmer que la transmission orale est un patrimoine au même titre que les tombeaux nabatéens ou les inscriptions rupestres.
Les Rawis — le terme signifie « conteur » en arabe — sont les ambassadeurs culturels d’AlUla, cette région du nord-ouest de l’Arabie Saoudite dont l’histoire remonte à plus de 200 000 ans de présence humaine. Formés par la Royal Commission for AlUla, ils guident les visiteurs sur les sites de Hégra — premier site saoudien inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO et ancienne cité nabatéenne de 52 hectares —, de Dadan, de Jabal Ikmah et de la vieille ville d’AlUla. Ce qu’ils font n’est pas du guidage touristique : c’est une archéologie du sensible, une façon de rendre habitables des millénaires.
L’exposition « I am a Rawi : Sharing Stories from AlUla » ne se contente pas de montrer des visages. Elle documente une démarche : « Qissa bi Qissa », soit « une histoire pour une histoire ». Durant deux heures, participants et Rawis échangent autour d’objets et de récits portant sur les migrations, les croyances, les expériences culturelles partagées. Lancée en février 2026 à AlUla, l’initiative a déjà réuni 115 participants issus de dix pays.
Ce que le communiqué ne dit pas directement, mais que le contexte rend limpide : cette exposition arrive à Paris au moment précis où la question de ce que l’intelligence artificielle peut faire — ou défaire — de la transmission culturelle se pose dans chaque rédaction, chaque musée, chaque école. Face aux médiations algorithmiques qui personnalisent l’expérience sans corps et sans regard, AlUla propose l’exact contraire. Deux heures. Des objets. Des histoires vraies. Des gens qui se regardent.
Phillip Jones, Chief Tourism Officer de la Royal Commission for AlUla, cite une étude selon laquelle 79 % des voyageurs recherchent aujourd’hui des expériences culturelles immersives. Le chiffre est parlant, mais la formulation de Jones l’est davantage encore : « À l’heure où de nombreuses expériences sont façonnées par l’intelligence artificielle, le modèle du Live Museum propose une alternative fondée sur les rencontres authentiques. » Le « Live Museum » est l’approche de l’UNESCO qui place l’humain au cœur de l’interprétation du patrimoine. Les Rawis d’AlUla en sont aujourd’hui les premiers praticiens certifiés en Arabie Saoudite.
En 2025, six d’entre eux avaient participé à Paris à la première Semaine de formation interculturelle de l’UNESCO, aux côtés de représentants de six institutions culturelles mondiales. Ils sont repartis formateurs, contributeurs d’un programme de formation en ligne pour les facilitateurs du Live Museum. Ce cycle — être formé, devenir formateur, transmettre à son tour — est précisément ce que les Rawis pratiquent depuis des générations dans l’oasis, avant même qu’une commission royale en définisse les contours.
L’exposition est gratuite et visible sur les grilles extérieures du siège de l’UNESCO, 7 place de Fontenoy, Paris 7e. Elle court jusqu’au 31 août 2026. AlUla est accessible depuis Paris via Riyad ou en vol direct depuis certaines villes européennes. Le futur Musée de la Route de l’Encens, dont le programme des Rawis préfigure la vision, n’a pas encore de date d’ouverture annoncée.
Pour en savoir plus sur AlUla, rendez-vous sur www.experiencealula.com
















Cette publication est également disponible en :
