La Spirit of Big Bang Impact ne cherche pas l’équilibre. Elle part d’une fracture. Dix ans après la Big Bang Impact Bang de 2016, la Maison Hublot reprend son motif fragmenté — éclats, lignes brisées, appliques en tension — et le déplace vers trois terrains plus exigeants : la céramique noire, le saphir transparent et l’osmium cristallisé. Présentée à Genève le 14 avril 2026, cette série de trois éditions limitées transforme un vocabulaire graphique en exercice de matière.
L’information la plus significative tient dans une première pour Hublot : le sertissage de diamants directement dans le saphir. Le saphir synthétique, utilisé depuis longtemps pour les glaces de montre, atteint neuf sur l’échelle de Mohs, juste sous le diamant. Hublot travaille déjà le boîtier en saphir depuis la Big Bang Unico Sapphire de 2016 ; ici, le défi se déplace. Il ne s’agit plus seulement d’usiner un boîtier transparent, mais d’y intégrer des pierres, chacune différente par sa taille et sa coupe, dans des structures usinées au laser. Les diamants sont sertis dans des canaux en or poli et maintenus entre deux bandes d’encadrement. La Maison précise que plusieurs centaines d’heures sont nécessaires pour usiner, polir et sertir un seul boîtier.
La version Spirit of Big Bang Impact Sapphire Jewellery, limitée à vingt exemplaires, pousse cette logique jusqu’à la joaillerie technique. Le cadran reçoit 91 appliques serties de diamants taille fantaisie ; la lunette en saphir poli en ajoute 54. Au total, 145 diamants prolongent le motif Impact Bang du cadran jusqu’à la carrure. Ce n’est pas un pavage classique. Les pierres ne viennent pas couvrir une surface ; elles participent au dessin de la fragmentation, comme si le sertissage devait mimer une onde de choc. Le boîtier tonneau de 42 mm, épais de 15,50 mm, conserve une étanchéité de 50 mètres, avec bracelet en caoutchouc blanc ligné structuré et boucle déployante en titane.
La deuxième version, Spirit of Big Bang Impact Sapphire, choisit une autre voie : l’osmium cristallisé. Hublot rappelle utiliser cette matière depuis 2014, dans une forme stabilisée obtenue par cristallisation avec des scientifiques suisses du Valais. L’osmium appartient au groupe du platine et se distingue par sa densité très élevée ; sa surface cristallisée produit des reflets bleutés que la Maison exploite comme un relief presque minéral. Sur cette édition limitée à trente exemplaires, les appliques rhodiées polies alternent avec des fragments d’osmium, créant une lecture plus froide, moins joaillière, plus cosmique. La fiche technique indique un boîtier en verre saphir poli de 42 mm, 14,25 mm d’épaisseur, 50 mètres d’étanchéité et un prix de 112 200 euros.
La troisième pièce revient au noir, mais pas à l’effacement. La Spirit of Big Bang Impact All Black célèbre les vingt ans du concept All Black, lancé par Hublot en 2006 : une montre que l’on perçoit moins par la couleur que par les variations de texture, de brillance, d’ombre et de relief. La céramique noire, polie et microbillée, porte ici une lunette gravée du motif Impact. Les appliques et index sont polis puis plaqués noirs. Limitée à cent exemplaires, cette version est la plus directement liée à l’héritage Hublot : construction en couches, vis en H, caoutchouc noir, lisibilité contrariée mais assumée.
Les trois éditions partagent le même calibre : le HUB1770, mouvement automatique squeletté avec phase de lune. Il comprend 288 composants, 27 rubis, bat à 4 Hz — 28 800 alternances par heure — et offre environ 50 heures de réserve de marche. La phase de lune squelettée à six heures et la grande date à une heure déplacent la Spirit of Big Bang Impact hors du simple registre décoratif. Le mouvement ne se contente pas de soutenir le motif : il l’organise. Les fragments semblent rayonner autour de la phase de lune, comme si l’affichage astronomique devenait le point de collision du cadran.
Le boîtier tonneau mérite d’être lu comme un choix stratégique. Lancée en 2014, la Spirit of Big Bang marque la première vraie sortie de Hublot hors du boîtier rond, sans abandonner l’ADN Big Bang : architecture stratifiée, vis apparentes, fusion des matières. Dans cette collection Impact, la forme tonneau accentue l’effet de compression. Là où une boîte ronde diffuse la tension, cette géométrie la retient. Elle donne au motif fragmenté un cadre plus nerveux, presque architectural.
Ce qui distingue cette série n’est donc pas seulement la rareté des éditions — vingt, trente et cent exemplaires — ni l’échelle des prix. C’est la manière dont Hublot traite la matière comme un langage. Le saphir n’est plus seulement transparent ; il devient support de sertissage. Le diamant n’est plus seulement lumière ; il devient fragment. L’osmium n’est plus curiosité métallurgique ; il devient relief. La céramique noire n’est plus absence ; elle devient contraste.
La Spirit of Big Bang Impact appartient à cette catégorie de pièces que l’on peut trouver trop démonstratives, jusqu’au moment où l’on comprend que la démonstration est précisément le sujet. Hublot ne travaille pas ici la discrétion. La Maison travaille l’impact, au sens littéral : un choc matérialisé, découpé, fixé au micron près.











