Chez la Maison Hublot, la transparence n’est jamais un effacement. Elle sert plutôt à déplacer le regard : du boîtier vers le calibre, de la silhouette vers l’architecture, de l’effet vers la construction. Présentée à Genève le 14 avril 2026, la Big Bang Reloaded prolonge les vingt ans de la Big Bang en revenant à ce qui a façonné la pièce depuis 2005 : un diamètre de 44 mm, une carrure multicouche, une lunette à vis apparentes, et cette idée très Hublot selon laquelle un matériau n’est intéressant que lorsqu’il entre en friction avec un autre.
La nouveauté tient moins à une rupture formelle qu’à un déplacement du centre de gravité. Ici, le calibre Unico n’est plus seulement visible : il devient le sujet. Lancé en 2010 comme premier chronographe Manufacture de Hublot, puis retravaillé en 2018 en mouvement intégré afin de réunir calibre de base et module chronographe, l’Unico s’expose désormais côté cadran avec sa roue à colonnes à six heures et son double embrayage oscillant à huit heures. La Maison rappelle que ce mouvement réunit cinq innovations brevetées : embrayage oscillant à rattrapage de jeux, système anti-chevrotement de l’aiguille de chronographe, bloqueur de rochet à friction nulle, réglage fin de la marche et mise à l’heure hautement résistante aux chocs.
Cette mécanique apparente donne à la Big Bang Reloaded son intérêt le plus lisible. Le compteur chronographe à trois heures a été redessiné, la date glisse entre quatre et cinq heures, la fonction flyback est signalée par des accents colorés, tandis qu’une nouvelle aiguille de chronographe vient renforcer la lecture de l’action. Au dos, le rotor ajouré porte un « H » découpé et la mention « Hublot. Design. Manufacture. Nyon », laissant apparaître balancier, barillet et train de rouage. Le geste horloger devient presque graphique, mais sans quitter son rôle fonctionnel.
La boîte de 44 mm conserve l’ADN de la Big Bang, tout en accentuant les contrastes par une lunette en deux parties. Cette construction permet de faire dialoguer finitions polies, surfaces satinées, céramique, titane ou Magic Gold. Chaque pièce est livrée avec deux bracelets : l’un en caoutchouc structuré inspiré du textile, avec surpiqûres en « H » ; l’autre en caoutchouc noir classique. Le système One Click, breveté, permet de passer de l’un à l’autre sans transformer la montre en exercice de patience.
La collection se décline en cinq versions permanentes. La première associe titane poli et satiné à une lunette supérieure en céramique noire satinée. Trois autres explorent la céramique : All Black, bleu, vert foncé. La cinquième retient le Magic Gold 18 carats, alliage présenté par Hublot en 2011 et développé avec l’EPFL, que la Maison décrit comme le premier or 18 carats résistant aux rayures. Hublot indique que ce matériau, breveté, approche les 1 000 Vickers, contre environ 400 Vickers pour un or 18 carats standard.
Le choix des matériaux inscrit la Big Bang Reloaded dans un calendrier interne : vingt ans du concept All Black, né en 2006, quinze ans du Magic Gold, présenté en 2011. La céramique colorée, elle, confirme un terrain où Hublot a construit une partie de son vocabulaire contemporain : non pas la discrétion horlogère classique, mais une lisibilité presque industrielle de la matière. Le dossier précise que la céramique high-tech colorée utilisée par la Maison est 300 Vickers plus dure qu’une céramique conventionnelle.
La Big Bang Reloaded pose ainsi une question assez juste pour 2026 : que reste-t-il d’une montre de rupture quand sa rupture est devenue son héritage ? Hublot répond par la mise en scène de sa propre mécanique. La Big Bang n’essaie plus seulement de paraître construite ; elle montre comment elle l’est. C’est peut-être là son évolution la plus intéressante : l’audace n’est plus dans le volume, mais dans la pédagogie du mouvement.








































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