Home Horlogerie et JoaillerieLe pavé comme vocabulaire : Poiray et la grammaire du diamant

Le pavé comme vocabulaire : Poiray et la grammaire du diamant

by pascal iakovou
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Chez Maison Poiray, le diamant ne se pose pas — il se tisse. Quatre collections joaillières et une montre emblématique partagent une même logique constructive : le pavé, technique de sertissage où chaque pierre est maintenue par de minuscules griffes métalliques jusqu’à ce que la surface disparaisse sous la lumière. C’est moins une question de préciosité que d’architecture de surface.

La ligne Cœur Entrelacé décline ce principe sur un collier en or jaune 18 carats — le motif cordé se referme sur lui-même, la géométrie primant sur l’ornement. La Tresse Précieuse pousse le raisonnement plus loin : deux ors, jaune et blanc, s’entrelacent en une bague à 4 950 €, les diamants ne ponctuant que certains brins pour créer une alternance lumière-matière calculée. Flower Poiray, en or blanc 18 carats, traduit le même registre en vocabulaire floral — mais le motif reste épuré, loin du naturalisme décoratif. Dune de Poiray tranche avec ses volumes ondoyants en or jaune, dont les boucles d’oreilles à 14 100 € amplifient l’idée de surface modelée plutôt que plane.

Ce qui retient l’attention n’est pas l’accumulation de diamants mais la cohérence formelle entre ces pièces : entrelacs, torsades, ondulations et fleurs géométrisées constituent un lexique formel que la Maison répète et varie plutôt que d’en changer à chaque saison.

Encadré — Le pavé Le sertissage pavé consiste à placer des diamants taille brillant côte à côte sur une surface métallique, les griffes étant travaillées depuis le métal lui-même. Contrairement au serti clos (qui encercle chaque pierre individuellement), le pavé crée une continuité visuelle. La densité du travail est directement liée à la taille des pierres et à la précision du polissage des griffes — deux variables qui distinguent la qualité d’exécution d’une pièce à l’autre, indépendamment du poids total en carats.

La question se pose avec plus d’acuité encore sur Ma Première, la montre de la Maison disponible en deux versions — acier à 7 230 € ou or jaune 18 carats à 14 105 € — dont le cadran serti de diamants applique la même grammaire à un objet horloger. Le cadran devient surface joaillière, le boîtier à géométrie structurée (format carré, lignes droites) contraste délibérément avec la nature organique du sertissage. Les bracelets interchangeables — grain de riz acier ou cuir de lézard gris bleu — complètent une logique de pièce modulaire.

Ce que Poiray construit, collection après collection, n’est pas un catalogue mais un dialecte. La question qui demeure : jusqu’où ce vocabulaire formel peut-il se décliner avant de devenir formule ?

POIRAY Flower Poiray

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