Milan, automne 2026. Alessandro Dell’Acqua pose une question simple en ouverture de sa collection : que révèle un vêtement abandonné sur une chaise, dans une chambre d’hôtel, quand son propriétaire est absent ?
La référence n’est pas ornementale. En 1981, Sophie Calle se fait engager comme femme de chambre dans un hôtel vénitien pendant trois semaines et photographie ce que les clients laissent derrière eux — objets, habits, traces. The Hotel devient une enquête sur l’intime sans effraction. Dell’Acqua reprend exactement cette posture : observer sans exposer, décrire sans commenter. La collection N°21 Automne-Hiver 2026 s’ouvre sur une chemise blanche masculine portée avec un pantalon en popeline et laine froide, un twin-set de laine noire — l’inventaire d’une garde-robe de quelqu’un qui n’est pas là.
« J’ai voulu évoquer une féminité quotidienne. Débarrassée de tout superflu, mais sans dissimuler ses sources d’inspiration », dit-il. Le noir structure l’ensemble : Dell’Acqua le définit comme couleur/non-couleur, espace neutre d’un commencement, en écho direct à la scène finale de 8½ où Fellini fait défiler tous ses personnages dans une parade que l’on confond d’abord avec une conclusion — avant de comprendre que c’est un début.
La tension formelle entre les pièces porte cette ambivalence. Les robes sac à manches larges et petit col blanc presque sévère coexistent avec des robes bustier ; les blousons de cuir côtoient des jupes de dentelle ou de mousseline. La nuisette de dentelle doublée d’une ample mousseline joue le trouble entre lingerie et robe du soir. Le manteau kimono ample, la cape de mousseline, le tailleur masculin classique : des silhouettes qui n’appartiennent à aucune époque définie, ou plutôt qui empruntent délibérément aux lignes des années 1940 sans les citer litteralement.
Détail — Les jupes et la robe en papier laminé constituent le choix de matière le plus radical de la collection. Le papier laminé, utilisé en couture, impose ses propres contraintes : il ne se coud pas comme un tissu, ne tombe pas, ne se plisse pas selon les mêmes lois. Sa présence dans une collection centrée sur le quotidien féminin crée un contrepoint volontairement abrupt — la surface la plus froide dans un vestiaire par ailleurs construit sur le toucher.
Les accessoires prolongent la logique. Le sac Cabiria — dont le nom convoque la comédie italienne néoréaliste — se décline en format medium. Les souliers à bout satin blanc, rose ou beige, les boucles d’oreilles fleur en or, les ceintures duchesse bicolores, les gants en maille : des objets qui auraient pu se trouver dans les chambres de Sophie Calle, sur les chaises ou dans les valises entrebâillées.
Dell’Acqua ne cherche pas à démontrer. Il inventorie, avec la même neutralité distanciée que son modèle — ce que révèle un vêtement, c’est souvent moins la personne qui le porte que celle qui s’autorise à regarder.










































