À l’heure où la mode sature d’effets, Tory Burch choisit une autre temporalité. Automne/Hiver 2026 se présente comme une méditation sur ce qui dure — non pas au sens d’une permanence figée, mais d’une résistance souple aux périodes de chaos . Le propos n’est pas théorique. Il est structurel.
La silhouette s’articule autour d’archétypes : trench, henley, pull col bateau, jupe crayon . Des pièces utilitaires, façonnées par l’histoire. Rien n’est réinventé, tout est déplacé. Les proportions se modifient à peine, mais suffisamment pour altérer la perception : robes taille basse ouvertes aux coutures, cardigans arrondis, manteaux aux volumes adoucis. Le classique devient variable.
La Rigueur du Geste s’exprime dans les techniques convoquées. Les cardigans sont rehaussés de broderies badla métalliques, exécutées à la main par des artisans indiens . Le badla — fil métallique traditionnellement utilisé dans la broderie sud-asiatique — introduit une tension entre maille domestique et éclat précieux. Les pulls en laine Shetland sont brossés et lavés pour obtenir une main plus aérienne . Les robes en jersey sont torsadées et nouées autour du corps, comme si la construction était encore en cours . Même les soies et les mailles passent par le lavage pour obtenir une finition « lived-in » . Le vêtement n’est pas présenté comme neuf ; il est déjà habité.
L’inspiration revendiquée convoque Bunny Mellon, horticultrice et mécène, figure d’un style instinctif. La collection introduit le Bunny Knot, détail inspiré d’un coussin matelassé découvert dans sa maison d’Antigua . Ce nœud simple, transposé en cuir ou en métal, apparaît sur des sacs matelassés portés à l’épaule. Le motif devient signature discrète, moins logo que geste.
Les accessoires poursuivent ce dialogue entre naturel et structure. Sacs en raphia et cuir tressés à la main, duffles inspirés de trousses militaires vintage, nouvelle sacoche Charlie . Les chaussures jouent la rondeur des escarpins « ladylike » contre des mocassins découpés et des bottes plates. Un escarpin bas en velours, cousu de perles, ajoute une note tactile . Les bijoux introduisent coquillages, perles de roche volcanique, pendentifs poissons et broches sardines . La nature affleure, mais toujours structurée.
Le Soft Power s’inscrit dans le lieu choisi pour le défilé : Sotheby’s at the Breuer, bâtiment moderniste conçu par Marcel Breuer dans les années 1960 et restauré récemment . L’architecture Bauhaus — béton brut, lignes nettes — dialogue avec ces classiques retravaillés. La musique produite par Wladimir Schall mêle Sigur Rós, Dolly Parton et Public Image Ltd : méditation, culture populaire et post-punk coexistent.
Tory Burch cite son père, Buddy, qui estimait que « les classiques deviennent intéressants par l’interprétation personnelle » . La phrase pourrait résumer la collection. Rien ici ne cherche l’effet de rupture. Le trench demeure un trench. Mais il porte l’empreinte d’une histoire intime — familiale, horticole, artisanale.
Dans une industrie fascinée par la nouveauté, Automne/Hiver 2026 rappelle une évidence : le style ne naît pas de l’invention permanente, mais de la répétition transformée. Le classique, lorsqu’il est traversé par une mémoire, cesse d’être neutre. Il devient personnel.










































