À Monaco, Caron installe le parfum au rang d’art contemporain

by PASCAL IAKOVOU
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Fondée en 1904 et passée depuis 2018 sous le contrôle de la famille Edmond de Rothschild, Caron ouvre à Monaco sa première boutique monégasque. Un espace de 83 mètres carrés qui ne se contente pas de vendre du parfum : il le met en scène comme une pièce de musée.

L’adresse, dessinée par le cabinet Casper Mueller Kneer Architects sous la direction artistique d’Olivia de Rothschild, tourne le dos aux codes habituels de la boutique de parfumerie de luxe. Béton brut, métal brossé, jeux de reflets et volumes épurés composent un décor volontairement minimal, où l’architecture s’efface pour laisser toute la place à l’expérience olfactive. Ce parti pris n’est pas neutre : il traduit une volonté de traiter le lieu comme un espace d’exposition plutôt que comme un point de vente, une nuance qui compte pour une maison centenaire soucieuse de ne pas se banaliser dans un secteur saturé de flagships tous plus spectaculaires les uns que les autres.

Au centre de cet espace s’élève une installation de six mètres de haut, réinterprétation contemporaine des fontaines à parfums qui ont fait la réputation de Caron dès le début du vingtième siècle. Ce geste architectural n’est pas un simple clin d’œil décoratif : il fait entrer dans la boutique un objet historique de la maison, transformé en sculpture monumentale, à la fois repère visuel et hommage à un savoir-faire disparu des usages courants de la parfumerie moderne. La fontaine à parfums, autrefois outil de pesée et de composition sur mesure, redevient ici un objet de contemplation.

Cette scénographie s’accompagne d’une ambition qui dépasse l’ouverture elle-même : la maison annonce vouloir inviter, au fil des saisons, des artistes à investir l’espace et à enrichir la collection dite des Formes Libres, en dialogue avec l’univers olfactif de Caron. L’idée d’un lieu vivant, renouvelé par des interventions artistiques successives, place la boutique monégasque à mi-chemin entre le commerce et la galerie — un positionnement que peu de maisons de parfumerie historiques assument aussi frontalement.

Reste à savoir si Monaco, principauté habituée aux adresses spectaculaires et aux flagships conçus pour l’instantané photographique, saura recevoir ce pari sur la durée et la contemplation plutôt que sur l’effet immédiat. Caron, en choisissant l’art contemporain comme langage plutôt que le luxe ostentatoire, prend le risque de la lenteur dans un territoire qui ne s’y prête pas toujours.

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