La quatrième édition de la série cigare de Bell & Ross arrive avec une contrainte précise : 150 exemplaires, un coffret en ébène de Macassar, et une maison partenaire dont la manufacture de Faverges œuvre depuis 1924. Ce n’est pas un exercice de style — c’est une question de matières.
La série qui ne fume pas à vide
La ligne Edición Limitada de Bell & Ross n’est pas une fantaisie récente. Elle démarre en 2006 avec la BR Vintage 126 XL, un chronographe en or rose limité à 99 pièces, présenté dans un coffret humidificateur pour cinquante cigares. La WW1 Edición Limitada suit en 2015 — même plafond de production, boîtier en or rouge cette fois, cadran brun galbé. En 2022, la BR-05 Chrono Edición Limitada ouvre légèrement le tirage à 250 pièces autour d’une palette Maduro. La BR-05 Chrono S.T. Dupont referme l’arc à 150 numéros et introduit une première : un vrai partenaire de facture.
S.T. Dupont n’est pas convoqué pour sa notoriété. La manufacture de Faverges est l’un des rares ateliers européens à maîtriser encore la technique de la laque japonaise — un processus de superposition et de séchage qui exige un contrôle de l’hygrométrie à chaque couche. Ce savoir-faire avait brièvement croisé l’horlogerie au début des années 2000, avant que la maison ne recentre son activité sur les briquets et accessoires. La BR-05 Chrono marque le retour de cette compétence dans un cadran.
42 mm, brun soleillé, deux compteurs
La montre elle-même : un chronographe automatique de 42 mm en acier. Le cadran à deux compteurs reçoit un traitement brun soleillé dont le jeu de lumière varie selon l’angle d’observation — effet obtenu par guillochage radial sous vernis. Les index, chiffres et aiguilles sont dorés et traités photoluminescents. En alternative à la version bracelet acier intégré, un cuir marron dégradé façon alligator.
Ce qui distingue cette pièce du reste de la série, c’est le triptyque. Le coffret en ébène de Macassar — bois aux veines prononcées, particulièrement dur, qui exige un outillage spécifique pour éviter l’éclatement en coupe — ouvre sur un aménagement en cèdre espagnol. Ce second bois n’est pas décoratif : le cèdre espagnol régule naturellement l’humidité, ralentit le vieillissement du tabac et repousse certains insectes. L’intérieur accueille la montre, un briquet Ligne 2 gravé aux deux emblèmes, plaqué laquée marron dégradé en écho au cadran, et un coupe-cigare en finition assortie.
Encadré — Le coffret en chiffres Ébène de Macassar pour l’enveloppe extérieure. Cèdre espagnol pour la cavité intérieure, modulable jusqu’à cinquante cigares. Briquet Ligne 2 : finitions acier et or, plaque laquée par les ateliers de Faverges. Édition numérotée, 150 exemplaires.








Deux maisons, une logique
Carlos Rosillo, cofondateur de Bell & Ross, et Alain Crevet, président de S.T. Dupont, partagent, selon leurs propres mots, « un sens exigeant du savoir-faire artisanal ». La convergence n’est pas rhétorique : elle repose sur une même contrainte — des petits volumes, des matières difficiles, des délais que l’industrie ne tolère plus. La laque de Faverges et l’horlogerie suisse de Bell & Ross opèrent dans des niches de production où la main prime encore sur l’automatisation.
La question que pose cette collaboration ne porte pas sur le cigare. Elle porte sur ce que deux maisons françaises construisent quand elles décident de ralentir ensemble.
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